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Ils dénoncent un « business de la mort ». Prestations hors de prix, abus de faiblesse et de confiance, salariés éreintés… Dans Les Charognards, un livre-enquête paru vendredi aux éditions du Seuil, Brianne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse révèlent les dérives de l’industrie des obsèques. La genèse de leur travail réside précisément dans la nature du secteur qui, après sa libéralisation en 1993, a changé du tout au tout. Pour le pire, selon les deux journalistes. Les proches et familles de défunts doivent désormais composer avec une logique commerciale à toute épreuve en plus de devoir faire leur deuil, les entreprises étant « passées maîtres dans l’art complexe de transformer des familles endeuillées en clients comme les autres ».
Car, dans une France confrontée au vieillissement de sa population et à la hausse de la mortalité – qui devrait passer de 646 000 décès en 2025 à 798 000 en 2050, selon l’Insee -, les enjeux sont colossaux. Tout serait bon pour s’octroyer une part du gâteau, qui vaut trois milliards d’euros par an. Brianne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse n’ont pas choisi le titre de leur livre par hasard. Justifiant l’emploi du terme “charognard” par sa définition dans le dictionnaire – « personne qui exploite impitoyablement les malheurs des autres » -, ils fustigent les entreprises qui ont fait du secteur funéraire un négoce des plus lucratifs.
« Industrialisation du chagrin »
Elles sont deux à le dominer en France : Omnium de gestion et de financement (OGF) et Funecap. OGF exploite les Pompes funèbres générales (PFG), fondé en 1828, leader incontesté du funéraire et en situation de quasi-monopole jusqu’à l’ouverture du marché à la concurrence. La naissance de Funecap est beaucoup plus récente, en 2010. Un laps de temps suffisant pour s’imposer comme un concurrent sérieux à OGF, avec sa marque phare Roc Eclerc. Si la France compte environ 4 000 entreprises funéraires, OGF et Funecap sont parmi les rares à être implantées sur tout le territoire, si bien qu’à elles deux, elles organisent « une cérémonie funéraire sur trois », soit plus de 200 000 obsèques par an.
« Et leur domination ne s’arrête pas là. La gestion de la plupart des crématoriums ? C’est eux. La fabrication des cercueils ou des appareils de crémation ? Encore eux. La formation des agents funéraires ? Encore et toujours eux », écrivent Brianne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse. Aujourd’hui détenus par des fonds de pension, OGF et Funecap agissent donc comme des « charognards », soutiennent les auteurs, décrivant des pratiques allant à l’encontre de la décence liée à la mort, au détriment des proches endeuillés.
Les dérives des géants des pompes funèbres se traduisent par des erreurs bien tangibles allant de fluides s’échappant d’un cadavre en décomposition, à des asticots prospérant dans une dépouille après une panne de case réfrigérée, en passant par un défunt crématisé au lieu d’être enterré. Des « dysfonctionnements dramatiques » qui seraient directement liés à la libéralisation du secteur. « Un défunt est un produit marchand », constatent les deux journalistes, parlant d’une « industrialisation du chagrin ». « Tout part et dérive de là. »
Enquête « injuste et indigne »
Après un an et demi d’enquête, Brianne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse décrivent également les conséquences de cette « course effrénée à la rentabilité » sur les employés qui sont « parmi les premières victimes » du système. Mal rémunérés et sous intense pression de leurs supérieurs, certains seraient poussés à appliquer des techniques commerciales frisant l’immoralité, profitant de la peine des clients pour faire grimper les factures à plusieurs milliers d’euros.
Autant d’accusations « injustes et indignes », selon la Fédération nationale du funéraire (FNF), première fédération patronale du secteur, qui « s’élève contre cette caricature qui salit des milliers de professionnels qui vivent très mal une telle attaque ». « La loi a ouvert le secteur à la concurrence pour permettre le libre choix des familles, et depuis cette organisation a toujours donné totale satisfaction », poursuit la FNF, citant un taux d’approbation des familles de 91 %.
2025-10-18 05:15:00
