mardi, mars 24, 2026
AccueilLe magazine femininRencontre avec Esther Perel, « l'experte en relations amoureuses la plus connue...

Rencontre avec Esther Perel, « l’experte en relations amoureuses la plus connue du monde »


#Rencontre #avec #Esther #Perel #lexperte #relations #amoureuses #connue #monde



Ses surnoms sont légion. « Gourou des relations et du sexe », « la nouvelle docteure Ruth », en référence à Ruth Westheimer, sexologue qui, dans les années 1980, officiait à la télé américaine, ou encore, comme l’a qualifiée le « New York Times », « experte en relations amoureuses la plus connue du monde ».

Esther Perel, elle, préfère se définir tout simplement comme autrice et psychothérapeute spécialisée dans la thérapie de couple et de la famille. Même si, depuis quelques années, cette femme de 67 ans dit avoir un peu délaissé ces deux sujets et élargi son spectre d’études, notamment à la sphère professionnelle.

Une star mondiale de la thérapie de couple

Mais alors qu’elle déroule sa vie, attablée dans le salon de la Résidence Tallard, à Paris, un nouveau laboratoire d’idées et de rencontres lancé par la Fondation d’art Kadist, force est de constater qu’elle est bien une star en son domaine. Moins dans sa manière d’être résolument empathique –l’oubli de la liste de questions que j’avais préparées pour l’entretien m’en fournit la preuve alors qu’elle cherche mille solutions pour me sortir de ce mauvais pas –, que dans son parcours.

À l’actif de cette native de Belgique installée à New York depuis quatre décennies, deux livres best-sellers, « L’Intelligence érotique » et « Je t’aime, je te trompe » deux Ted Talks qui cumulent 50 millions de vues, des ateliers de formation dans le monde entier, le podcast « Where Should we Begin ? », dont certains épisodes viennent tout juste d’être traduits en français.

Un parcours international et multimédia

Récemment aussi, elle qui déborde d’énergie et de créativité quand il s’agit de (re) tisser les liens a imaginé quelques questions d’approche pour l’application de rencontres Hinge. « Elles invitent à parler de votre monde et à raconter des histoires, or les histoires c’est ce qui lie les gens », dit-elle.

Depuis janvier dernier, elle orchestre également des conférences aux allures de one woman-show interactif. Pour la première au YouTube Theater de Los Angeles se pressaient pas moins de 6 000 personnes. Une version XXL des talks qu’elle est habituée à dispenser, comme celui qui s’est tenu au Grand Palais le 13 juin dernier.

Du désir au couple : un regard toujours renouvelé

Toujours à l’affût des changements de société, elle y a évoqué cette nouvelle « intimité artificielle », comme elle la nomme, cette atrophie sociale, fruit malheureux des nouvelles technologies, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle, qui conduit à ce paradoxe : « On n’a jamais eu autant d’amis et on n’a jamais été aussi seul. » Elle y a abordé aussi quelques-unes de ses réflexions fétiches sur le couple : la conciliation entre le besoin de lien et celui d’indépendance, « la question centrale », dit-elle, notant au passage que « la réussite d’un couple est plus grande quand chacun s’encourage à être la personne qu’il est et quand on se donne beaucoup de liberté. Quand on est libre, on revient tranquillement chez soi ».

Elle y a pointé aussi les nouvelles attentes vis-à-vis de nos partenaires à qui on demande d’être à la fois des amoureux, des amis, des amants, des coachs, des confidents, « ce que l’on demandait avant à tout un village », analyse-t-elle. Ou encore le fait qu’on amène souvent le meilleur de soi-même au travail pour ne garder que les miettes à la maison.

Ces conférences ne vont jamais sans un lot de questions à l’assemblée, comme « quand êtes-vous le plus attiré par votre compagnon ? » ou « dans quelles circonstances vous fermez-vous à votre désir ? » « Elle s’intéresse au public, et ces échanges, c’est sa manière de le rencontrer, d’établir une connexion », explique Ella Marder, directrice de la Résidence Tallard.

Sa marque de fabrique ? Le parler simple, l’écoute bienveillante, l’accessibilité. Ella Marder ajoute : « Jamais elle ne juge, mais elle invite à réfléchir ensemble. Avec elle, on est à l’horizontale. » Bref, une sorte de psy « next door » qui avoue volontiers : « Je parais très sûre, mais je ne suis sûre de rien. »

Le déclic de « l’affaire Lewinsky »

Si les thèmes du désir et du sexe sont à l’origine de son succès, elle s’y est intéressée sur le tard, en 1998. Elle a alors 40 ans. Inconnue du grand public, elle est installée dans son cabinet new-yorkais depuis plusieurs années, donne des cours à la prestigieuse NYU, écrit des articles dans des revues professionnelles. Mais « l’affaire Lewinsky » va changer la donne. Elle rédige un article intitulé « In Search of Erotic Intelligence », publié dans une revue spécialisée, bientôt repris par un magazine grand public qui en fait sa une. Le premier pas vers la célébrité.

La psy se rappelle, encore amusée, « en deux jours, j’ai reçu une demi-douzaine d’appels d’agents me proposant d’écrire un livre ». Ce sera « L’Intelligence érotique », publié en 2006 et traduit immédiatement en vingt langues où elle interroge le désir au sein du couple. Neuf ans plus tard, elle continue sa réflexion sur « le désir qui nous emmène voir ailleurs » dans un Ted Talk sur l’infidélité qui la propulse définitivement sur le devant de la scène.

Et, à sa suite, écrit l’essai : « Je t’aime, je te trompe ». Un sujet brûlant « dans un pays où, dit-elle, l’on peut divorcer autant de fois qu’on le souhaite sans que personne ne lève un sourcil, mais où l’adultère est banni ». Avant d’ajouter avec malice : « On ne trompe pas moins aux États-Unis qu’en France. »

À ceux qui pourraient se méprendre sur l’ouvrage, elle précise, avec sa pointe d’accent belge : « Jamais je n’ai prôné ni encouragé l’infidélité, mais j’ai voulu faire une analyse d’une des crises les plus fondamentales du couple en apportant un peu de clarté, d’aide, de complexité, et un discours nuancé et constructif. Ce n’est pas simplement une histoire de victime et de bourreau. »

Podcasts et confidences : entrer dans la vie des gens

Mais qu’est-ce qui fait courir Esther Perel qui, malgré ses moult activités et pérégrinations, veille à conserver ses consultations deux fois par semaine dans son cabinet de Manhattan ? L’envie de mener « une campagne de santé publique des relations », parce que, explique-t-elle, « il manque une conversation dans l’espace public ». C’est ainsi qu’est né son podcast.

Depuis 2017, elle y partage des séances enregistrées au départ avec des couples, volontaires et anonymes. Une sorte de « En thérapie » version podcast avec, pour l’auditeur, l’impression d’être une mouche collée au mur de son cabinet. « La thérapie de couple est le meilleur théâtre. C’est puissant, fascinant, émouvant, difficile, et en écoutant les autres on se voit soi-même. »

Il lui est arrivé de rappeler certains de ces « patients » deux ans plus tard pour un autre chapitre intitulé « Que sont-ils devenus ? » « Je voulais que les gens puissent entendre ce qui se passe dans un cabinet pour normaliser, solidariser, comprendre que tout le monde traverse les mêmes situations. »

Avec ce podcast, Esther Perel est entrée dans la vie des gens, si bien que pendant ses conférences les participants se livrent avec une confiance déconcertante, qu’elle reçoit des centaines de lettres par semaine et que, régulièrement, on l’arrête dans la rue pour la remercier. « J’aime sentir que je fais quelque chose qui a du sens, qui change la vie des gens », livre-t-elle.

Héritière d’une histoire marquée par la Shoah

Un besoin qui remonte à l’enfance. Cette fille de Polonais rescapés des camps nazis, élevée à Anvers, détaille : « Quand on est une enfant de survivants dont la famille a été décimée, on se dit : “Je ne suis pas là pour rien.” Très jeune, j’ai su que je voulais faire des choses importantes pour donner du sens à ma présence face à ceux qui n’ont pas pu survivre. » Être au centre des choses et ne plus se sentir à la marge, aussi.

Son intérêt pour les relations humaines découle de son histoire : « Quand on a un passé comme le mien, on se demande quelle responsabilité on a les uns envers les autres. » Comme cette sensibilité à l’érotisme au cœur de son travail. Elle la définit ainsi : une force vitale, une curiosité, un sens du jeu, une forme de confiance dans ce qui va arriver…

« En vivant dans un quartier de rescapés de la Shoah à Anvers, j’ai remarqué qu’il y avait les gens qui n’étaient pas morts et ceux qui s’étaient remis à vivre : les survivants et les vivants, qui se disent “si je suis vivant, c’est pour vivre à fond et ressentir cette force vitale qu’est l’érotisme”. C’est là que j’ai compris la différence entre érotisme et sexualité. »

Et de prolonger l’analogie avec le couple : « Je vois des couples qui ne sont pas morts et des couples qui sont vivants, et cela n’a rien à voir avec le nombre de fois où ils font l’amour. On peut avoir une sexualité très active et ne rien ressentir, et quand on est dans l’érotisme, ne rien faire et ressentir beaucoup. Mon travail est d’aider les gens à se sentir vivants, pas à être performants. »

Une vie à deux, sans recette miracle

Depuis quarante ans, Esther file l’amour avec le docteur Jack Saul, traumatologue et psychologue éminent avec lequel elle a eu deux fils, et qui dirige l’International Trauma Studies Program. « Il s’occupe de traumas collectifs qui surviennent lors de destructions de communautés entières, après des incendies, des attentats, des guerres », explique-t-elle.

Parfois, elle œuvre à ses côtés, comme après le 11 septembre 2001, où elle est intervenue notamment auprès des parents américains pour les aider à apaiser leurs enfants. « On aide les gens à puiser dans leurs ressources pour se reconstruire. »

À l’entendre évoquer son mari avec respect et admiration, on se dit qu’on tient là une chance de découvrir le secret de la longévité d’un couple. Mais à cette question, elle rétorque en riant : « Mon secret ? Il n’y a pas de secret. » Et d’ajouter dans un éclat de rire : « Je ne vends pas des petits pains et, d’ailleurs, ce qui fonctionne pour moi ne fonctionnera pas forcément pour un autre. »

En revanche, elle livre volontiers sa devise : « Les gens peuvent avoir le poids qu’ils veulent, le visage qu’ils veulent, la carrière qu’ils veulent, la qualité de votre vie est déterminée par la qualité de vos relations. » Sur ce fait, Esther Perel n’a pas l’ombre d’un doute.



2025-08-16 17:00:00

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -

Most Popular

Recent Comments