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Le 6 avril 2016 à Amiens (Somme), sa ville natale, Emmanuel Macron lance « un mouvement politique nouveau », En Marche, « qui sera pas à droite, qui sera pas à gauche », en assurant qu’une candidature à la présidentielle n’est « pas [la] priorité aujourd’hui ». Ancien secrétaire général adjoint du cabinet de François Hollande à l’Élysée, ministre de l’Économie du gouvernement de Manuel Valls depuis août 2014, l’ex-inspecteur des finances puis associé-gérant de la Banque Rothschild suscite un intérêt croissant tant dans le monde politico-médiatique qu’au sein de l’opinion.
Son élan réformateur libéral se heurte à l’aile gauche du Parti socialiste et à la tutelle sourcilleuse de Manuel Valls, qui déclenche l’article 49.3 pour faire adopter sans vote son grand œuvre d’alors, la « loi Macron ». Face au « clivage droite-gauche » qui « nous empêche à bien des égards », comme il l’expliquera à Amiens, germe l’idée de lancer son propre mouvement, avec la présidentielle de 2017 en ligne de mire.
Campagne participative, présidence verticale
Dans un quinquennat Hollande marqué par les crises, Emmanuel Macron s’est attaché ses premiers soutiens lors de la discussion parlementaire autour de sa loi, à commencer par l’un des co-rapporteurs, le député socialiste Richard Ferrand, devenu par la suite président de l’Assemblée nationale et aujourd’hui président du Conseil constitutionnel. Parmi eux également, François Patriat. Subjugué par une intervention du ministre lors d’un rassemblement de l’aile droite du PS en août 2025, le sénateur fut l’un des rares politiques présents au lancement d’En Marche. Il a raconté à de multiples reprises avoir brûlé un cierge à la cathédrale d’Amiens avant de se rendre au meeting.
La salle est fermée aux journalistes. Brigitte Macron est au premier rang. « Il y a une énergie dans le pays, il y a une envie de changement » mais aussi « une forme de sentiment de mal-être terrible », expose Emmanuel Macron. Un film dévoile le nom du mouvement, qui porte les initiales de son fondateur. La vidéo dénonce « les blocages politiques et sociaux qui préservent les privilèges de quelques-uns au détriment de millions d’autres ». « Je ne sais pas si ça va réussir », déclare le futur président, élu un an plus tard sans avoir jamais exercé de mandat électif. « Face aux blocages de la société », il promet de « refonder par le bas », donnant le ton d’une campagne participative et bienveillante qui cèdera la place, une fois au pouvoir, à une présidence verticale.
Dissolution et prise de pouvoir d’Attal
Ce lancement d’Amiens fut suivi d’une réunion publique en juillet 2016 à la Mutualité à Paris, l’occasion d’un pas supplémentaire vers la candidature, officialisée en novembre. Entre-temps, le ministre de l’Économie avait quitté le gouvernement. Parmi les orateurs de la Mutualité, la cheffe d’entreprise Axelle Tessandier, un des visages de ce mouvement naissant qui disparut rapidement des écrans radars, ou encore l’écrivain Alexandre Jardin, qui deviendra moins de deux ans plus tard un soutien des « gilets jaunes ».
Dix ans après Amiens, après avoir été élu puis réélu à l’Élysée, Emmanuel Macron achève son second quinquennat très loin de cet élan initial. Une œuvre largement entravée par sa décision de dissoudre l’Assemblée, qui l’a privé de majorité. Même son parti, rebaptisé La République en Marche puis Renaissance, lui a échappé, quand bien même il en est le président d’honneur : il est désormais contrôlé par Gabriel Attal, dont les rapports avec le président sont inexistants.
Évincé de Matignon par la dissolution décidée par Emmanuel Macron, Gabriel Attal a depuis pris le pouvoir au sein du parti présidentiel. Photo Sipa
Foudroyé à Matignon par cette dissolution dont il n’avait pas été prévenu, l’ancien Premier ministre s’est émancipé, se faisant élire à la tête du groupe à l’Assemblée puis du parti en décembre 2024. Depuis 2017, En Marche/Renaissance, qui n’a jamais vraiment trouvé sa place dans le dispositif au pouvoir, concentre les critiques pour son manque d’ancrage local, malgré quelques succès aux récentes élections municipales. L’équipe de Gabriel Attal ne cesse de faire valoir son entreprise de professionnalisation du parti, dont l’adhésion est désormais payante. Le patron de Renaissance a récemment évoqué un parti qui « existe depuis quatre ans ».
Pour ce 10e anniversaire, les adhérents de Renaissance sont invités à faire part de leurs souvenirs marquants et des évènements seront organisés dans chacun des comités locaux. Emmanuel Macron, qui ne peut constitutionnellement se représenter en 2027, n’a cependant pas dit son dernier mot. En juillet 2025, il s’est invité aux 10 ans des Jeunes avec Macron, dont la création avait précédé celle d’En Marche, clamant qu’il aurait « besoin d'[eux] pour dans deux ans, pour dans cinq ans, pour dans 10 ans ».
2026-04-06 05:30:00
