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Elle fait partie des légendes urbaines que l’on raconte à voix basse, mi-horrifié, mi-fasciné. Le pénis captif, également appelé « penis captivus », décrit le phénomène où, durant un rapport sexuel pénétratif, le pénis resterait coincé dans le vagin. L’anecdote est toujours rapportée : on l’a lue quelque part, on l’a entendue d’un ami d’ami… Surtout, elle s’accompagne bien souvent d’une chute sensationnelle : le couple, illégitime, s’est fait surprendre, la femme a dû être endormie chimiquement pour libérer la malheureuse verge…
Un article de 2012, publié dans « New Voices in Psycholgy », a identifié les thèmes récurrents qui teintent ces récits de pénis captif. Parmi eux : les lieux de rencontre interdits, la peur d’être découvert, l’intérêt voyeuriste des témoins ou encore la punition et le suicide. Ce prétendu risque ne serait-il qu’une fable moralisatrice ?
« Penis captivus », un mythe déjà présent au Moyen-Âge
Le pénis captif résulterait de la contraction puissante et involontaire des muscles du périnée, qui entourent notamment le vagin, durant la pénétration. Cette pression rendrait temporairement impossible le retrait du pénis – de quelques minutes à plusieurs heures, selon le narrateur. Ces spasmes séquestrateurs naîtraient d’un stress intense ou d’un choc : être pris en flagrant délit d’adultère, par exemple.
Si les histoires sont nombreuses, les cas médicalement documentés, eux, restent rares. « Je suis dans le milieu de la gynécologie depuis vingt ans, et je n’ai jamais été confrontée à ça », souligne le Dr Felicia Joinau-Zoulovits, gynécologue-obstétricienne, lors d’une interview accordée à Doctissimo.
En 2017, le journaliste scientifique Florian Gouthière est remonté aux origines du phénomène pour l’émission « Le Magazine de la Santé » : « Si on cherche le nombre d’articles médicaux qui se rapportent à la chose, il est incroyablement restreint : moins d’une dizaine. Et si on regarde mieux, on voit que l’essentiel de ces articles est là pour commenter un seul cas en 150 ans. »
Le cas en question ? Un canular. En 1884, Egerton Y. Davis, présenté comme un ancien médecin de l’armée américaine, envoie une lettre au « Medical News » de Philadelphie pour rebondir sur un article sur le vaginisme précédemment publié. Dans celle-ci, il affirme avoir été témoin d’un cas de pénis captif : un couple de domestiques se serait retrouvé coincé après avoir été surpris par leur maître en plein ébat. Il aurait alors dû utiliser du chloroforme pour endormir la bonne et permettre ainsi au valet de se retirer. Seulement voilà, Egerton Y. Davis n’existe pas : il s’agit en réalité d’un pseudonyme utilisé par le médecin William Osler, réputé pour ses blagues.
D’autres cas plus ou moins suspects ont été rapportés au fil des siècles. Au Moyen-Âge, le chevalier français Geoffroi de La Tour Landry relate, dans son « Livre pour l’enseignement de ses filles », comment un couple illégitime se fit « fermement lié par Dieu » pour avoir eu des relations charnelles sur l’autel d’une église, avant d’être honteusement exposé aux regards, dans cette position compromettante, lors de l’office célébré le dimanche suivant : « Après la récitation de prières et l’usage d’eau bénite, le long coït du couple prit fin, bien qu’ils furent obligés de retourner à l’église pendant trois dimanches, nus, et de se flageller publiquement. » décrit l’article « Penis captivus ¿realidad o mito? » publié en 2021 sur la plateforme académique mexicaine Medigraphic.
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Le même article mentionne également un événement survenu à Varsovie en 1923, où un couple piégé se serait suicidé par arme à feu après que leur mésaventure ait été publiée dans la presse. Il cite aussi le cas d’une femme au Zimbabwe, en 2013, qui aurait accusé son amant de l’avoir ensorcelée pour manipuler ses organes génitaux, son mari demandant une indemnisation.
Nouage et vaginisme : quand la légende se nourrit de confusions
À ce jour, il n’existe donc aucune étude scientifique fiable ayant observé et expliqué le « penis captivus », seulement des cas rapportés et difficilement vérifiables. Le mythe, variante du « vagina dentata », semble davantage provenir de craintes populaires et servir de mises en garde, surtout envers les jeunes gens inexpérimentés.
Certaines sources voient dans cette rumeur une transposition d’un phénomène canin, bien réel cette fois : le nouage, aussi nommé noeud copulatoire. Durant l’accouplement des chiens, celui-ci empêche le mâle de se retirer de la femelle, qui se retrouvent collés dos à dos pendant quinze à trente minutes. Ce mécanisme naturel permet d’optimiser les chances de fécondation, grâce à la contraction des muscles vaginaux et au gonflement du bulbe glandulaire situé à la base du pénis.
Il se peut également que le mythe du pénis captif provienne d’une méconnaissance du vaginisme. Ce trouble sexuel, qui concernerait entre 5 % et 17 % des femmes selon l’ouvrage « Le Vaginisme : manuel complet pour les patientes et les thérapeutes », se caractérise par une contraction involontaire des muscles du périnée qui empêche toute intromission – qu’elle soit sexuelle, médicale ou liée à l’usage de protections périodiques. « Le vaginisme est un “NON” corporel » explique l’auteure Élodie Bouti-Bodat.
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On parle de vaginisme primaire lorsqu’il est présent depuis toujours et de vaginisme secondaire lorsqu’il apparaît plus tard, à la suite d’un traumatisme par exemple. Dans les deux cas, aucun pénis captif n’a jamais été recensé, l’introduction vaginale étant impossible.
Si ces éclaircissements ne suffisent pas à rassurer les plus méfiants, rappelons que les pratiques et positions sexuelles sans pénétration sont nombreuses. Et quand on sait que peu de femmes atteignent l’orgasme uniquement par stimulation interne, il fait peut-être bon de croire au « penis captivus »…
2025-08-13 18:30:00
