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Je suis plutôt d’un naturel décomplexé. Expulser de l’air intestinal en présence de mes amoureux – si tant est que la relation soit stable et ait dépassé les premières étapes de la séduction – ne m’a jamais posé de problème (et à mes partenaires non plus, vraisemblablement). Avec mon conjoint actuel, je ne saurais pas dire à quand remonte mon premier gaz assumé, tant le sujet s’est dissi-pet de façon tout à fait naturelle au sein de notre couple.
Assumer ses pets dans le couple, ou comment se libérer du « syndrome de la princesse »
À bien y réfléchir, je dirais que j’ai commencé à libérer mon transit à partir du moment où mon mec a lui-même déclenché les hostilités. Dès que je me suis sentie assez à l’aise avec celui qui partage ma vie depuis dix ans, j’ai su tourner ce processus naturel de la digestion en dérision. Très vite, les pets sont devenus un running-gaz entre nous. « Au début de la relation, on tend à projeter une version idéalisée de soi : on adoucit ses attitudes, on cherche à paraître présentable, observe Marie-Victoire Chopin, psychologue, sexologue clinicienne et thérapeute de couple. Ensuite, certaines femmes ont tendance à souffrir du syndrome de la princesse, qui ne ferait ni caca ni pipi, ne roterait pas et n’aurait pas de poils. On sent le poids des tabous et des exigences qui pèsent davantage sur les corps féminins, là où certains comportements naturels et détendus passent mieux chez les hommes. » L’experte met le doigt sur un élément fondateur de mon comportement : peu de temps après l’adolescence, j’ai choisi de ne pas me plier à ces injonctions sociales irréalistes, en prenant le contrepied de l’image lisse et aseptisée qu’on attend des femmes – jusque dans la chambre à coucher.
Péter en couple, c’est aussi prendre soin de sa santé
Avec un de mes exs (dont je tairai le nom), c’était encore d’un autre niveau. Au-delà du bruit, ses flatulences avaient tendance à propager un parfum douteux dans l’air. Si, là aussi, notre complicité laissait le champ libre à des blagues bien immatures, il m’arrivait de l’engueuler quand ses nuisances olfactives s’enchaînaient toute une soirée et dépassaient la limite du supportable, après un cassoulet ou une andouillette AAAAA (ses plats préférés). Pour se dédouaner, il avait trouvé la parade ultime. Chaque fois que je le sermonnais, il dégainait la carte du trauma : ce jour où, à l’âge de 12 ans, il s’était retenu durant tout un trajet en voiture, jusqu’à terminer aux urgences pour cause de douleurs abdominales. Après une radio qui avait révélé une énorme bulle d’air coincée dans son ventre, le médecin lui avait lâché : « Vous savez, jeune homme, il faut péter, c’est important. » Ah bah, ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Depuis, c’était devenu son argument favori. Dès que je me plaignais de ses effluves, il me rétorquait : « Le médecin m’a dit de ne pas me retenir. »
Pet dans le couple : de la confiance au respect des limites de l’autre
Mon ex avait également tendance à ouvrir les vannes dès qu’il franchissait le seuil de notre appartement, comme s’il avait attendu ce moment toute la journée. Et de se justifier : « C’est parce que je me sens bien ici, avec toi. T’es ma safe place. » Ravie. J’étais non seulement son refuge émotionnel, mais aussi sa zone de dépressurisation. Mais si je suis tout à fait honnête, c’est aussi ce qui explique mon aisance à ce sujet. Un jour, une amie m’a donné sa définition de l’amour, à savoir « le fait de se sentir aussi bien avec son partenaire que seule ». Je partage totalement cette vision. Et laisser son corps faire son œuvre comme on s’y autorise quand on est en tête-à-tête avec soi-même, me semble en être une illustration assez fidèle.
Si je n’ai jamais ressenti aucune gêne avec mes petits amis les plus sérieux, force est de constater que le pet au sein du couple divise. Autant, certaines de mes copines ont la même aisance que la mienne, autant d’autres sont totalement bloquées à l’idée de flatuler dans l’espace conjugal, jusqu’à se créer des maux de ventre. Selon une étude menée par l’Ifop pour Charles.co en 2024, 65 % des Français estiment qu’il est inacceptable de péter devant son partenaire en début de relation, contre 29 % après 5 ans de vie commune. Alors, qu’est-ce que cette absence de pudeur dit-elle de moi et de mon couple ?
« Quand la relation est suffisamment sécurisée et que la confiance s’installe, le fait d’en rire traduit une désinhibition saine »
« Quand on est à l’aise avec l’idée que le corps a des fonctions naturelles, des sécrétions, des liquides, des boutons et des poils, on s’accepte soi et l’autre dans cette intimité », souligne Marie-Victoire Chopin, avant d’évoquer l’importance de la juste mesure, liée à l’éducation et au respect de son partenaire. « Comme comme dans toute relation sociale – entre amis ou collègues –, dans notre culture occidentale, on n’affiche pas toujours ses manifestations corporelles, sauf si cela nous échappe de manière très franche. Mais quand elles sont brandies pour affirmer que ce qui est naturel n’est pas dégoûtant, il existe une ligne assez fine. Tant que l’équilibre est respecté, c’est-à-dire que les deux partenaires sont d’accord avec cette marge, c’est OK. Il est impossible de vivre avec un prince ou une princesse qui défèquerait des roses toute sa vie. Alors, quand la relation est suffisamment sécurisée et que la confiance s’installe, le fait d’en rire traduit une désinhibition saine, sans contrôle de tous les aspects de son image. C’est une intimité plus authentique. » Et d’ajouter : « Ça peut aussi traduire que la phase de séduction laisse place à la vie quotidienne réelle, que la relation devient plus domestique, plus familière. » La thérapeute recommande néanmoins aux parents de « protéger » les enfants de ces expositions, avec un enjeu éducatif.
« Aujourd’hui, c’est peut-être une histoire de rots et de pets. Demain, ce sera peut-être celle d’une hystérectomie ou d’une problématique prostatique »
Si le sujet paraît anecdotique, cette autorisation à rester soi-même peut être un premier pas vers l’acceptation du corps qui change au cours de la vie, en raison d’une maladie ou du vieillissement. « Aujourd’hui, c’est peut-être une histoire de rots et de pets. Demain, ce sera peut-être celle d’une hystérectomie ou d’une problématique prostatique, insiste la thérapeute. Dédramatiser peut être nécessaire, pour mieux retrouver l’équilibre et une sexualité après ces épreuves. »
Qu’en est-il des personnes qui tiennent à maîtriser leur apparence jusqu’au bout, même dans une relation de longue durée ? « Si ça s’inscrit dans un tableau plus large où l’on se sent jugée, et où l’on doit toujours se dépasser, se rendre meilleure de façon excessive, cela peut relever de troubles anxieux du type personnalité obsessionnelle. Pour ces personnes, tout ce que l’organisme peut produire est dégoûtant, les pets peuvent donc être vécus comme un manque de considération, une transgression des limites personnelles », explique la psychothérapeute. Et d’ajouter : « Il peut aussi s’agir de personnes qui ont grandi dans une atmosphère familiale où il n’y avait pas du tout de culture du corps et de normalisation de ses fonctions naturelles. » Au fond, ce n’est pas tant la flatulence qui pose problème, mais surtout la manière dont le partenaire tient compte du ressenti et des sensibilités de l’autre. Tout est une question d’écoute, de communication, et de partage…
Les pets dans le couple peuvent-ils nuire à la libido ?
Je me souviens aussi de ma sœur qui m’avait lancé, très sérieusement (voire inquiète) : « Fais gaffe Alex, ton mec pourrait finir par ne plus te trouver désirable. » Spoiler : je n’ai jamais arrêté. Alors, y a-t-il des limites à ne pas franchir pour préserver son couple ? Mes dix ans de relation sont-ils (eux aussi) sur le point de s’évaporer ? « L’idée de maintenir la flamme à travers les années peut susciter beaucoup de pression : certaines personnes ont du mal à accepter la manière dont la relation évolue dans le temps, et le fait que passé un certain stade, la vie reprend son cours et le corps avec. »
« Ça peut jouer sur le désir, mais tout dépend de la qualité du dialogue »
Le fait d’assumer de péter devant son partenaire peut-il avoir des répercussions réelles sur l’attirance et la libido, même quand les flatulences sont parfaitement assumées et deviennent un sujet récurrent d’humour au sein du couple ? « Ça peut jouer sur le désir, mais tout dépend de la qualité du dialogue et de la manière dont l’éducation et les attentes matchent entre les deux partenaires, explique Marie-Victoire Chopin. Heureusement, l’appétit sexuel se base sur d’autres choses, comme la disponibilité, la complicité, la palette des expériences que l’on peut s’offrir, l’attachement, la confiance, etc. Ces histoires de pets échappés se perdent dans tout cet ensemble. »
Mon ex en est le parfait exemple : retenir ses gaz intestinaux comme des bombes à retardement peut être nocif pour la santé, avec des risques de distension abdominale, des ballonnements ou encore des diverticules coliques, indique « Doctissimo ». Au-delà de la désacralisation du corps, comment allier confort intestinal et pudeur lorsque l’on vit sous le même toit ? « Quand les deux partenaires ne sont pas à l’aise avec ça, mieux vaut avoir de bonnes portes qui ferment et une bonne aération », s’amuse Marie-Victoire Chopin. Avant de reprendre, plus sérieusement : « Mais peut-être qu’il faudrait se poser la question de ce qui leur pose problème avec le corps : Est-ce qu’on peut continuer à grandir et évoluer là-dessus ? Se dire que ça fait partie du jeu et de la vie ? »
2026-03-12 19:06:00
