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Le box des accusés et le banc des avocats de la défense désertés, Eddy Tir – le frère de Farid abattu en août 2019 avec un comparse dans une chambre d’un hôtel Formule 1 en périphérie de Marseille, apparaît sur l’écran de la cour d’assises d’Aix-en-Provence, occupée à juger six hommes pour ce double assassinat, dont deux cadres présumés de la DZ Mafia.
Survêtement bleu et cheveux longs peignés, Eddy Tir est auditionné ce vendredi depuis sa prison où il purge notamment une peine de prison pour le meurtre d’un adolescent, sur fonds de trafic de stupéfiant, une ombre constante dans ce dossier.
« Je crains dégun »
« Vous pouvez être sûr que je parle sans crainte parce que je crains dégun », lance en guise de serment bravache le trentenaire… qui n’en dira finalement guère plus. Seule, comme depuis le début de ce procès, sur le banc des parties civiles, sa sœur Myriam l’écoute avec attention.
Avec six victimes sur trois générations en moins de dix ans, la famille Tir, lourdement implantée dans le narcotrafic marseillais, a payé le prix du sang. Un sang qu’elle a aussi fait abondamment couler dans une « guerre » avec le clan rival des Remadnia, famille originaire du même village kabyle du nord-est de l’Algérie.
L’histoire n’avait pourtant pas si mal commencé pour les Tir avec le patriarche Mahoubi Tir, commerçant et figure respectée de la Busserine, où une rue a été baptisée à son nom en 2004. Sept ans plus tard, c’est dans les couloirs et sur les fiches de la police marseillaise que s’épelle le patronyme Tir.
Le 27 avril 2011, Saïd Tir, dit « le Vieux » vient d’être exécuté au volant de sa voiture dans les quartiers nord. Celui qui était considéré comme le « parrain de Font-Vert » devait comparaître quelques jours plus tard pour un trafic de cannabis et de cocaïne.
Et sa mort ne faisait qu’ouvrir le bal sanglant qui devait emporter neveux, enfants et jusqu à son petit-fils Farid. La même année, Akim Grabsi, beau frère « du Vieux » Saïd, est à son tour exécuté, suivi, tout juste un an après, le 11 avril 2012, de Farid Tir, un oncle au même prénom que le Farid abattu en 2019, tué de plusieurs balles de fusil d’assaut dans sa voiture au quartier de la Belle-de-Mai.
Deux ans plus tard, en juin 2014, c’est au tour de son petit-fils Karim Tir, un temps manager du rappeur Jul, d’être abattu en région parisienne, à Asnières-sur-Seine, par un commando à moto. Un cinquième membre de la famille tombe à son tour sous les balles de narco-concurrents en juin 2016, dans les quartiers nord de Marseille.
Narcotragédie
Cette saga de sang et de poudre semble pour l’heure trouver sa conclusion, du moins une accalmie, avec l’exécution du cousin de Karim, Farid Tir dans sa chambre d’hôtel en 2019. Le meurtre qui occupe la cour d’assises d’Aix-en-Provence jusqu’au 11 avril prochain.
« Avez-vous une explication ? », demande à Eddy la présidente de la cour à propos de la mort de son frère. « Pas du tout. A l’époque, j’avais juste dit à mon frère que je n’avais pas confiance en un mec avec qui il traînait », précise-t-il, reprenant une déclaration alors faite en audition.
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« Un nom ? », tente la présidente. « Prénom : Fils ; Nom : De P*** », répond le détenu qui ajoute : « On va gagner du temps : vous me dites le nom et je vous dis oui ou non ». « Amine Oualane ? », suggère la présidente. « Non pas du tout, vous allez très loin », rétorque Eddy Tir.
Avez-vous été surpris de ces faits, continue la cour ? « A Marseille, on n’est surpris de rien madame », conclut le témoin qui, bien que rescapé d’une tentative d’assassinat en 2011, assure aux juges n’avoir « jamais été menacé, jamais été agressé de toute (s) a vie ». Une saga dont on peut redouter un éventuel triste spin-off à sa libération, même si ce n’est pas pour tout de suite : le frère de Farid purge une peine de 20 ans pour le meurtre de Kamel El Mehli, 17 ans, fauché à la mitraillette dans la cité de la Castellane, en 2011.
2026-03-27 15:54:13
