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Dans son livre « Enfin seule » (Éd. Allary, 240 pages, 20,90 euros), en librairies depuis le 18 septembre, Lauren Bastide invite à changer de regard sur la solitude des femmes. Si elles « ont mis des siècles à conquérir le droit d’être seules, à s’affranchir de la surveillance du père, du mari, de la société », la journaliste féministe déplore que cette conquête de soi soit encore mal considérée. Pour cause, la solitude féminine serait une menace pour notre société patriarcale, car elle serait une source d’émancipation intellectuelle. Ainsi, les femmes célibataires ou vivant seules sont souvent représentées en « loseuses » dans la pop culture, comme Bridget Jones dans la saga éponyme. Face à cette stigmatisation, elles souffrent encore trop souvent de ce statut.
Pourtant, Lauren Bastide en est le parfait exemple : « On peut être heureuse seule ; voire n’être heureuse que seule. » À condition de pouvoir se le permettre financièrement. Cette opportunité de s’épanouir dans son cocon, l’autrice l’a baptisée « l’enfinsolitude ». « C’est le socle sur lequel j’ai bâti mon estime de moi, après des décennies à conditionner ma valeur à la présence à mes côtés d’un être de genre masculin pour la valider », écrit-elle.
En tant que mère séparée, avec enfants en garde alternée, elle se considère comme « extrêmement privilégiée ». « Ce qui rend ma solitude acceptable aux yeux de la société, c’est qu’elle ne s’exprime qu’à mi-temps, l’autre moitié du temps, ouf, Dieu soit loué, je suis aux yeux du monde la mère de mes enfants », souligne-t-elle. Selon l’Insee, seulement 12 % des enfants dont les parents sont séparés vivent en résidence alternée. Alix, 48 ans, et Patricia, 55 ans, font partie des rares femmes à bénéficier de cet équilibre paritaire entre les foyers maternel et paternel. Elles se confient sans filtre sur ce bonheur retrouvé.
Alix, 48 ans, mère de trois filles : « Je suis plus libre de m’épanouir en fonction de mes centres d’intérêts »
« J’ai quitté mon ex-mari il y a treize ans. Mes filles avaient respectivement 8 ans, 3 ans et 1 an. Dès l’année suivante, nous avons mis en place une garde alternée. Je les avais donc une semaine sur deux et la moitié des vacances scolaires. J’ai ensuite rencontré un nouvel amoureux, qui est malheureusement décédé il y a deux ans. Cet événement a beaucoup affecté ma cadette psychologiquement. Depuis sa mort, elle vient chez moi dès le mercredi au lieu du vendredi – cela lui permet de rester plus longtemps à mes côtés, d’autant plus que cela ne se passe pas toujours bien chez son père.
Les premières années étaient difficiles. Je ressentais beaucoup de culpabilité et de tristesse lorsque mes filles partaient chez leur papa. Puis j’ai travaillé sur moi : les thérapies et mes amies m’ont aidée à faire la part des choses : j’ai compris que ce n’était pas ma faute si mes enfants se retrouvent dans cette situation-là. Leur faire subir cette relation de couple qui se déchire ne leur aurait pas rendu service. Cette prise de conscience m’a offert une bouffée d’oxygène.
J’adore me retrouver seule chez moi les semaines où mes filles ne sont pas là. Pendant dix ans, j’ai tout donné pour mes enfants. Mes trois maternités m’ont épuisée, j’étais en burn-out familial. Même si j’aime mes bouts de chou plus que tout, je n’avais plus de jus et pesais 45 kilos pour 1,67m. La garde partagée et le lâcher-prise m’ont offert un grand soulagement et m’ont permis de prendre du temps pour moi, de me reconstruire physiquement.
« Je peux danser sur de la musique à fond dans mon salon »
Après le travail, je n’ai plus que moi à gérer. Ma charge mentale s’est réduite de façon considérable. Je peux me reposer, lire, faire du sport, me rendre à des concerts, cuisiner des plats que mes filles n’aiment pas, regarder des films à des heures convenables – et non pas à 22 heures une fois les enfants couchés et la maison rangée. Je suis plus libre de m’épanouir en fonction de mes centres d’intérêts. J’ai aussi plus de disponibilité mentale pour réfléchir sur moi-même, sur ce que je veux et ce que je ne veux plus.
Aujourd’hui, je ne suis pas prête à me réinstaller avec quelqu’un. J’aurais trop peur de sacrifier cette liberté. Je veux pouvoir regarder des séries à l’eau de rose quand j’en ai envie, danser sur de la musique à fond dans mon salon, voir mes copines quand ça me chante et sans tenir compte de l’agenda de mon conjoint. J’ai vécu pendant quinze ans avec mon ex-mari. J’ai passé ma vie à m’occuper davantage des autres que de moi-même. Je ne veux plus repartir dans ces travers. Je ne veux plus m’inquiéter pour mon compagnon ni faire de concessions pour pouvoir vivre à deux. Pour autant, je suis ouverte à l’idée de rencontrer des hommes. Et la garde partagée facilite ma vie sexuelle et sentimentale. C’est plus simple de ramener des mecs à la maison ! »
Patricia, 55 ans, mère de trois enfants : « Cette solitude m’offre aussi des moments d’introspection »
« J’ai divorcé il y a cinq ans, après 20 ans de vie commune. Mes enfants avaient 17, 14 et 8 ans. Tous les trois étaient en garde partagée. Au début, ce n’était pas évident. La plus petite vivait assez mal les séparations et dormait avec moi les veilles de départs. Cette situation me faisait mal au cœur.
Et puis, moi qui pensais que ma charge mentale s’allégerait en leur absence, pas du tout. Je m’occupais toujours des mêmes choses : les inscriptions à l’école, aux activités extrascolaires… Quand mes enfants avaient un souci, même chez leur père, c’est moi qu’ils appelaient.
Avec le temps, j’ai mis des règles en place, chacun a pris ses marques et tout s’est équilibré. J’ai commencé à reprendre possession de qui j’étais. En tant que maman, on a tendance à s’oublier. Quand j’étais mariée, mon conjoint rentrait tard et tout reposait sur moi. J’ai donc retrouvé une vie sociale en dehors de ma famille. C’est comme si j’avais à nouveau 20 ans ! Je peux enfin sortir et rentrer à l’heure que je veux.
Quant aux moments seule chez moi, ils m’apportent une sérénité et un bien-être psychologique. Je suis moins stressée. Si je ne veux pas faire à manger, je ne fais pas à manger. Si je ne veux pas faire les courses, je ne les fais pas. Il n’y a plus personne pour me reprocher quoi que ce soit. J’ai toujours adoré aller au cinéma, au musée ou au restaurant seule, et j’ai pu retrouver ce plaisir.
« Je suis plus épanouie les semaines où mes enfants ne sont pas là »
Moi qui suis fille unique, j’ai été habituée à cette solitude. Cela ne me pèse pas du tout. Je dirais même que je suis plus épanouie les semaines où mes enfants ne sont pas là. Pourtant, je les aime. Mais quand ils étaient petits, j’avais tendance à trouver mes semaines en solo trop courtes. J’avais à peine le temps de me retrouver et de lâcher prise, qu’ils revenaient déjà. Dès le vendredi soir quand ils arrivaient, ils me sollicitaient beaucoup : c’était le début du week-end, ils étaient tout excités… Il fallait se blinder, j’étais seule à gérer, et c’était fatigant. J’avoue que j’étais contente quand ils repartaient.
Cette solitude m’offre aussi des moments d’introspection. Aujourd’hui, la méditation fait désormais partie de ma vie. Je suis plus attentive à ce qui se passe autour de moi, je sais poser mes limites. Ce retour à soi s’est fait progressivement, grâce à mes voyages en solo. Je n’aurais pas eu la place nécessaire pour m’ouvrir à la spiritualité, si j’avais eu mes enfants à temps plein. Je me suis occupée d’eux pendant 22 ans. Mon mari a pu évoluer dans sa carrière, mais moi, je n’ai jamais pu faire ce que je voulais.
Dorénavant, je pense à moi : j’ai entamé une reconversion professionnelle. Dans deux mois, je m’envole pour l’Amérique latine où je vais rester jusqu’à l’été prochain. C’est un road trip qui me tenait à cœur depuis longtemps. Mes deux plus jeunes enfants vont vivre chez leur papa, et j’ai trouvé un appartement pour l’aînée. Je leur ai expliqué pourquoi je partais. Mon projet à terme est de créer des retraites spirituelles là-bas. Cette décision n’a pas été facile à prendre, mais mon désir est plus fort que tout. »
2025-09-24 17:00:00
