mercredi, mars 25, 2026
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« J’ai perdu pied »… Incohérences et trous de mémoire, les pénibles explications de la mère


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«Je ne sais pas », « je ne me souviens plus », « je n’ai pas réfléchi », a inlassablement répété ce mercredi Aurélie S., 45 ans, au cinquième jour de son procès. Elle est jugée devant la cour d’assises d’Avignon pour le meurtre de deux de ses nourrissons, qu’elle a ensuite conservé dans son congélateur. Pour cette journée consacrée à son interrogatoire, l’accusée a peiné à recoller les bribes de sa mémoire et livrer des déclarations cohérentes avec les éléments du dossier d’instruction ou les expertises.

Pendant près d’une heure, elle a raconté dans un récit saccadé les accouchements en 2018 et en 2019 de ces deux nourrissons – elle a, par ailleurs, trois autres filles et a donné naissance sous X à un autre enfant – nés chez elle, sans aide. Aurélie S. explique avoir « perdu pied » au moment de la mort d’Alia, le premier des deux bébés, au surlendemain de sa naissance.

« C’est là que je l’ai placée dans le congélateur »

Selon son récit, son décès est accidentel. « J’ai glissé dans les escaliers et je suis tombée avec elle, sur elle. Je ne pourrais pas vous dire comment précisément car je ne m’en souviens pas », a-t-elle expliqué à la cour. Des explications qui vont à l’encontre des expertises qui ont mis en lumière la présence de lésions « à gauche et sur l’arrière du crâne », « incompatibles avec votre version » de la chute. Aurélie raconte avoir ensuite placé son nourrisson dans le canapé, puis être partie se changer.

Selon son récit, à son retour, Alia – le prénom donné au nourrisson par ses deux filles alors adolescentes – n’a pas de réaction. « Je suis restée un moment avec elle dans les bras, sur le canapé », poursuit l’accusée qui assure avoir essayé d’écouter un battement de cœur et de ressentir une respiration. Tout s’accélère lorsque sa fille aînée la prévient qu’elle arrive à la maison. « C’est là que je l’ai placée dans le congélateur. Je ne sais pas pourquoi je l’ai mise là. Pourquoi je n’ai pas appelé les secours ? J’ai perdu pied », jure Aurélie S., derrière ses larges lunettes, t-shirt noir à manches longues, bras croisés, malaxant nerveusement son bras droit avec son autre main.

Sur le banc des parties civiles, le père de la jeune victime, peine à cacher sa colère, fini par quitter la salle quelques minutes. Aurélie S. explique qu’à l’annonce de sa grossesse, ce dernier a coupé tout contact avec elle. Une version qui ne correspond pas aux déclarations de l’intéressé, partie civile au procès, qui avait déjà soutenu sa compagne pour un premier IVG. « Alors il ment ? », interroge la présidente de la cour. « Oui », rétorque l’accusée. « Vous n’avez jamais fait croire à M. R. que vous aviez avorté ? », insiste la magistrate. « Non. Il n’a jamais proposé de m’accompagner pour le second », assure-t-elle.

Un second accouchement qu’elle ne sait pas dater

A ses filles – également victimes de violences – Aurélie S. dit avoir confié le nourrisson à l’adoption « à un couple gay ». Celui-ci se trouve en réalité dans le congélateur, emmailloté dans un linge et placé dans un sac de course sommairement noué.

L’année suivante – courant 2019 – naît Ange-Raphaëlle. « Je ne savais même pas que j’étais enceinte », reprend Aurélie S., qui ne sait pas dater le mois de ce second accouchement. Ses filles n’ont pas remarqué cette nouvelle grossesse, ni même entendu l’accouchement, « le plus difficile, le pire de tous ». Aurélie S. assure avoir ensuite perdu connaissance, le nourrisson entre ses jambes toujours reliées au cordon ombilical. A son réveil, elle constate son décès. « J’ai mis le doigt sous le nez pour sentir et écouter le cœur. Mais y’avait rien du tout. Et après de longues minutes, j’ai pris la décision de la mettre avec sa sœur. Après j’ai nettoyé un petit peu et j’ai passé la fin de la nuit à fumer cigarette sur cigarette. Puis, j’ai fait semblant de tout », a-t-elle conclu.

« On aimerait tous savoir la vérité »

Abondamment interrogée par la présidente de la cour d’assises sur ses incohérences, l’absence de trace de sang sur le canapé malgré un second accouchement hémorragique, la présence de lésions sur le premier nouveau-né, les coups portés à ses filles, Aurélie S. n’offre à la cour d’autres explications qu’une absence de souvenirs ou une simple réfutation. « On aimerait tous savoir la vérité », insiste à la barre l’une de ses filles. Sera-t-elle entendue ? Le verdict est attendu à la fin de la semaine.



2026-03-25 17:29:33

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