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Missiles à longue portée, drones et stratégie asymétrique… quelles sont les capacités militaires iraniennes et les limites de leur puissance ?
Le régime iranien a lancé vendredi 20 mars deux missiles en direction de la base militaire américano-britannique Diego Garcia, située à 4 000 km de ses côtes. Sans toutefois réussir à l’atteindre, ces tirs montrent que l’Iran dispose de missiles capables d’aller au-delà des 2 000 km annoncés. Romain Mielcarek, chercheur à l’IPJ Paris-Dauphine et journaliste sur les questions de la défense, analyse les capacités militaires iraniennes.
Quels sont les points forts de l’arsenal iranien ?
Romain Mielcarek : Avant la guerre, les points forts désignés étaient leur capacité balistique, des missiles de bon niveau qui peuvent être envoyés à des distances importantes, avec des charges assez lourdes ; une expertise en matière de drones, notamment utilisés en Ukraine par les Russes ; et une doctrine d’opérations asymétriques.
Après la tentative d’attaque sur la base américano-britannique Diego-Garcia, peut-on dire que la capacité militaire iranienne est plus performante que l’on croyait ?
On savait que ces missiles existaient, qu’ils étaient en cours de développement et qu’il y avait probablement ces capacités en termes de portée. Toutefois, leur performance n’avait pas été démontrée. Cet épisode montre qu’ils ont effectivement une capacité à tirer loin. Pour autant, ils ne font pas la démonstration de leur précision. Au-delà du fait d’envoyer loin le missile, il faut aussi qu’il arrive là où on veut l’envoyer. En l’état, on n’a pas de moyen de confirmer que la capacité militaire est pleinement maîtrisée puisque l’un des deux missiles n’est pas arrivé et l’autre a été intercepté. Je ne vais pas dire que ce n’est pas une menace, mais ce n’est pas pour autant que les Iraniens peuvent avoir des effets significatifs sur le plan strictement militaire.
Il n’y a donc pas une volonté de l’Iran de dissimuler cette information ?
Non, ils n’avaient juste pas eu l’occasion et la raison de le faire. Ce tir est plutôt un signal politique pour montrer aux acteurs qu’ils ont une capacité à les frapper jusque-là. Ce tir ne change pas les rapports de force dans la région. Là où ça pose une vraie question, c’est si un jour ils avaient une arme nucléaire avec des missiles comme celui-là, ils seraient potentiellement en capacité de faire des tirs nucléaires jusque très loin.
Pourquoi les États-Unis semblent-ils peiner face à l’Iran ?
Parce que la guerre est toujours compliquée. Pour l’instant, il n’y a pas de visibilité sur le calendrier qui a été réellement anticipé par les Américains. Le Pentagone a probablement planifié pour des semaines voire des mois d’opérations avec différents types de scénarios, certains plus optimistes que d’autres. Publiquement, Donald Trump affiche une politique confiante. Mais est-ce que c’est représentatif de ce qui se passe vraiment dans les états-majors ? Ça, on ne peut pas le dire.
Il n’y a pas de raison de penser que les militaires américains soient totalement dupes. J’ai échangé avec une ancienne du Mossad, le renseignement israélien, qui expliquait que les Israéliens savaient que pour les postes à responsabilité en Iran, on avait prévu deux à trois remplaçants pour éviter toute décapitation des responsables. Une stratégie est prévue pour faire face à ça. À quel point ils ont sous-estimé l’efficacité de cette résilience dans la hiérarchie iranienne, l’histoire le dira.
Les États-Unis et Israël ont dit avoir détruit une grande partie de l’arsenal iranien. Quelle analyse peut-on en faire ?
C’est plutôt crédible puisque ça correspond à peu près à ce qu’on voit : baisse du volume de frappes de la part des Iraniens sur les pays du Golfe, donc perte de terrain. C’est probablement dû aux destructions américano-israéliennes et à des stocks partiellement épuisés. Cela ne veut pas dire que les capacités iraniennes sont anéanties. Cela veut dire qu’ils vont devoir changer de tactique. C’est ce qu’ils font quand ils disent vouloir miner le détroit d’Ormuz, par exemple.
On n’a pas le détail de toutes les frappes américano-israéliennes, mais on sait qu’ils ont frappé massivement les capacités de défense sol-air, les capacités balistiques, les capacités aériennes et la marine. Ils visent également les sites de production industrielle, les capacités de commandement et les infrastructures numériques et digitales comme les data centers.
Qu’est-ce qui rend cette armée assez redoutable, malgré ses faiblesses ?
Leur anticipation. Depuis une vingtaine d’années, ils savent que s’il y a un affrontement avec les Américains, ils ne pourront pas égaler le rapport de force. Ils ont donc adapté leur stratégie en menant des opérations assimilées à du terrorisme : des attaques cyber, du piégeage dans les axes maritimes parce que toute l’économie mondiale en est dépendante…
Peut-on s’attendre à ce qu’il y ait des surprises dans d’autres domaines ?
À mon sens, les deux gros éléments de surprise qu’on pourrait avoir, c’est leur résilience dans leur capacité à produire et à continuer de tirer des drones, parce que ça fait partie des choses qui sont frappées par les Américains et les Israéliens. Le deuxième point d’intérêt, auquel les pays font très attention mais qu’on ne sait pas évaluer pour l’instant, c’est leur capacité à mener des opérations en dehors de leur territoire, contre des intérêts américains ou israéliens, soit avec des agents infiltrés, soit via des groupes armés qu’ils manipuleraient.
2026-03-24 12:29:15
