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Identités :
- Clara*, 31 ans, chargée de relations presse, 2 300 € net par mois.
- Corentin, 31 ans, informaticien, 1 650 € net par mois.
- Ils sont locataires de leur appartement. Leur loyer est de 1 175 € par mois.
Toutes les deux semaines, retrouvez-vous dans le porte-monnaie d’un couple, qui est analysé par une experte en finances. Aujourd’hui, c’est l’histoire de Clara et Corentin, vue par Morgane Dion, cofondatrice et CEO de Plan Cash, plateforme d’éducation financière.
« Après plusieurs années de vie commune, je lui ai proposé de payer le loyer au prorata », annonce Clara. Contrairement à la plupart des couples hétérosexuels, c’est elle qui gagne plus d’argent que son conjoint Corentin. « J’ai écouté le podcast “Rends l’argent” de Tititou Lecoq, qui aborde le sujet des inégalités entre les hommes et les femmes. J’ai réalisé que pour nous, c’était l’inverse et qu’il était plus juste qu’on arrête le 50/50 sur le loyer. »
« Je ne peux pas suivre financièrement »
Pour la gestion du budget au quotidien, le couple fonctionne « au feeling » : sans compte commun, chacun paye les courses et les sorties à tour de rôle. « On ne fait pas de comptes d’apothicaires », résume l’informaticien. « Quand je propose de réserver dans un restaurant qui dépasse son budget, je l’invite », poursuit la jeune femme.
Si, au quotidien, le décalage de salaires ne se fait pas ou peu ressentir, c’est en revanche le moment des vacances qui cristallise cette différence. « Clara aime le confort et je ne peux pas suivre financièrement. J’ai l’impression de casser l’ambiance parce que je gagne moins qu’elle », soupire Corentin. Résultats : le couple n’est pas parti ensemble cet été. Et lorsqu’ils organisent des voyages à deux, c’est sa compagne qui avance tous les frais.
« Nous n’avons pas les mêmes chances »
Côté épargne, Corentin possède 2 000€ placés sur un livret A, tandis que Clara a 30 000€ – dont une partie sont des donations de sa grand-mère. « Nous ne venons pas du même milieu social », raconte la chargée de relations presse. Elle, est issue d’une famille de médecins du côté de son père et de commerçants du côté de sa mère. Lui, vient de la classe moyenne n’a « jamais manqué de rien » mais estime ne pas avoir eu d’éducation financière.
« Un jour, je sais que je vais recevoir un héritage important. Je vis de manière plus légère que mon partenaire, confie Clara. Parfois, je me sens mal à l’aise de lui demander de me rembourser certaines dépenses quand je sais qu’il est moins bien loti que moi. Nous n’avons pas les mêmes chances » Corentin est, quant à lui, à l’aise avec sa situation : « Je ne suis pas stressé par l’argent, j’aimerais certes en gagner plus mais je ne suis pas quelqu’un de dépensier. »
Le couple aimerait, dans un avenir proche, faire un enfant et acheter leur résidence principale. Là encore se pose la question de la différence de revenus, comme en témoigne Corentin : « On ne pourra pas investir à part égale. Je suis en paix avec cette idée, mais je comprends qu’on ne veuille pas acheter avec une personne qui a peu de capital. » Clara s’inquiète pour l’avenir financier de son conjoint, qui sera « moins à l’abri » qu’elle. Des inquiétudes que balaye l’informaticien : « Le plus important pour moi, au final, c’est d’assurer le futur de notre enfant. »
L’avis de Morgane Dion, cofondatrice et CEO de Plan Cash, plateforme d’éducation financière, sur la situation de Clara et Corentin :
L’histoire de Clara et Corentin illustre un renversement encore tabou : quand la femme gagne davantage, les déséquilibres ne disparaissent pas, ils changent seulement de visage. Leur situation demande lucidité et bienveillance, car derrière les chiffres se jouent des questions d’équité et de projection commune.
Clara a eu la bonne idée de proposer un partage du loyer au prorata, ce qui limite le risque d’appauvrissement pour Corentin. Le couple ne fait pas les comptes au centime près, ce qui apaise le quotidien, et Corentin garde une relative sérénité face à l’argent. De son côté, Clara a constitué une épargne solide qui sécurise leurs projets futurs. Mais fonctionner « au feeling » sans compte commun entretient une asymétrie implicite, surtout lorsque Clara avance souvent les frais. Le patrimoine familial potentiel de Clara accentue encore un décalage que le couple n’a pas encore intégré dans une vraie réflexion commune.
Le problème n’est pas tant l’écart de revenus que la manière dont il est vécu. La gêne de Corentin reflète un poids culturel : dans une société où l’homme est encore perçu comme devant « assurer », gagner moins peut être vécu comme une perte de légitimité. Clara, de son côté, porte seule la conscience d’un déséquilibre et culpabilise de lui demander de participer. Ce malaise risque de devenir plus pesant que l’écart financier lui-même.
L’enjeu, pour eux, est de poser un cadre clair. Ouvrir un compte commun alimenté au prorata permettrait de fluidifier les dépenses quotidiennes et d’éviter tensions et avances. Pour un futur achat immobilier, inscrire dans l’acte notarié la contribution réelle de chacun garantit l’équité et la sécurité. Mettre en place une épargne commune dédiée à leur futur enfant pourrait aussi recentrer les efforts vers l’avenir. Enfin, il est essentiel de reconnaître que la richesse d’un couple ne se mesure pas qu’en euros : si Corentin contribue davantage par son temps ou son implication domestique, c’est une ressource tout aussi précieuse.
Clara ne doit pas s’imposer la responsabilité de protéger Corentin, et lui n’a pas à intérioriser un sentiment d’infériorité. L’argent est un outil, pas une mesure de valeur personnelle.
2025-09-14 18:00:00
