mardi, mars 24, 2026
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Allô, Giulia ? « À 42 ans, je m’interroge sur mon orientation sexuelle »


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« Chère Giulia,

Je vous écris parce que je suis très troublée de ce qu’il s’est passé il y a environ deux heures – non, je ne perds pas de temps  On fêtait le départ à la retraite de notre assistante de direction, qu’on adore… Et donc Delphine était là. Delphine est arrivée au bureau il y a six mois, et depuis, on est tout le temps fourrées ensemble. Entre nous tout est super fluide, autant sur un plan pro que perso. Je la trouve drôle, belle, puissante… Tout ce que je ne suis pas. Moi, je suis plutôt du genre petite souris discrète, vous voyez ? Et pourtant, elle m’a repérée. Et pourtant, c’est vers moi qu’elle est venue. Et pourtant, c’est avec moi qu’elle veut déjeuner, prendre un café, se marrer, discuter…

Très vite, on nous a surnommées « Tic et tac », c’est vous dire ! Sauf que ce soir, il y a eu quelque chose de plus. D’abord, il y a eu ce moment où elle me tend un verre, sa main me frôle, ses yeux plongent dans les miens : frissons. Et puis, un peu plus tard, elle passe à côté de moi, et sa main, à nouveau, sur ma taille : re-frissons. Je vois bien qu’on se tourne autour, je vois bien qu’on se cherche, et j’aimerais mettre ça sur le compte de l’alcool, sauf que je n’ai pas bu une goutte. Elle non plus.

« Si, en fait je suis lesbienne, j’aurais passé une vie entière à me mentir ? »

Tout à coup, pour moi, la tension est trop forte, je prends mon sac, et je file. Elle me suit… Ce qui m’agace, autant que ça me ravit. Arrivées à l’arrêt de mon bus, on se regarde, sans un mot, et puis elle me dit : « on ne va pas s’embrasser là, quand même ? » Non. Parce que mon bus arrive, que je saute dedans et que je la plante là. Depuis, ça tourne en boucle dans ma tête : je suis hétéro. Je ne peux pas avoir de désir pour elle. Ça doit être autre chose… Mais je sais que c’est ça – je ne suis pas totalement décérébrée non plus, donc… Si, en fait, je suis lesbienne, j’aurai passé une vie entière à me mentir ? Je vous jure, Giulia, c’est un gouffre qui s’ouvre sous mes pieds… »

« Chère Sonya,

Ou alors, c’est juste une porte qui s’ouvre, sur une sexualité plus vaste que vous ne le pensiez… Vous avez déjà entendu parler de l’échelle de Kinsey ? Alfred Kinsey est l’un des fondateurs de la sexologie. Après avoir interrogé, de manière totalement inédite, des centaines et des centaines d’américains, sur leur vie intime, il a donc mis au point cette « échelle », qui, plutôt que d’opérer une scission entre deux sexualités possibles (homo et hétéro), établit un continuum qui va de l’une à l’autre.

« Vivez ce que la vie vous offre, Sonya. Et si cette vie s’appelle Delphine, saisissez-là ! »

Chacun de nous s’y retrouve placé, à un endroit différent, avec des parts d’homosexualité ET d’hétérosexualité plus ou moins grandes, celles-ci pouvant varier avec le temps, les événements de la vie, et des rencontres. L’époque actuelle, beaucoup plus fluide sur ces questions-là, lui donne raison… Et vous invite à déchirer vos étiquettes – bonne nouvelle, parce qu’elles figent : on serait ceci, ou cela, de manière catégorique, absolue et définitive, quand notre désir, parce qu’il est une pulsion de vie, est par essence, mouvant ? Ça ne fonctionne pas. Certes, ce serait beaucoup plus rassurant.

Notre sexualité, et au-delà, notre identité, fixée une bonne fois pour toutes, on n’aurait plus à l’interroger… Mais quel ennui, non ? Vivez ce que la vie vous offre, Sonya. Et si cette vie s’appelle Delphine, saisissez-là ! Embrassez-là, goûtez-là, dévorez-là s’il le faut. Parce qu’au risque d’enfiler une jolie perle : la vie est courte… »



2025-08-17 13:00:00

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