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En Afghanistan, un nouveau texte juridique encadre et banalise les violences au sein du foyer, tout en rendant la justice quasi inaccessible aux victimes. Une étape de plus dans l’effacement méthodique des Afghanes depuis le retour des talibans il y a quatre ans.
En Afghanistan, frapper sa femme peut désormais relever du droit. Alors que les droits des Afghanes s’érodent depuis le retour des talibans, le nouveau code pénal adopté début janvier par les autorités talibanes semble franchir un seuil. Selon des extraits consultés par le journal britannique « The Independent », ce texte, composé d’une centaine d’articles, légalise de facto les violences domestiques contre les femmes et les enfants. Certaines dispositions assimilent même implicitement les femmes à des subordonnées comparables à des « esclaves », autorisant les « maîtres » – ou les maris – à exercer des châtiments physiques.
Concrètement, les agressions commises au sein du foyer ne seront plus poursuivies par l’État dès lors que l’auteur invoque une justification morale ou religieuse. Et le code pénal autorise – encourage même – les maris à infliger des « punitions discrétionnaires » à leurs épouses, à condition qu’elles ne laissent pas de blessures visibles. « Si un époux frappe son épouse avec une violence excessive entraînant fracture, blessure ou apparition d’hématomes, et que l’épouse prouve sa plainte devant le juge, l’époux sera considéré comme criminel ; le juge devra le condamner à quinze jours de prison », précise le texte. Cette disposition revient à légaliser les violences conjugales.
En Afghanistan, la justice pour les victimes de violences reste théorique
Mais difficile pour celles qui parviennent jusqu’au tribunal d’obtenir justice tant les conditions imposées relèvent de l’injonction contradictoire. Pour être entendues, elles doivent prouver des lésions corporelles graves en présentant leurs blessures au juge… tout en restant entièrement couvertes. Elles doivent également comparaître accompagnées d’un tuteur masculin, souvent leur propre mari, alors même que celui-ci est, dans la majorité des cas, l’auteur des violences dénoncées. Autrement dit, demander protection en demeurant sous l’autorité de l’agresseur présumé. Et quand bien même leur plainte aboutirait, la sanction maximale encourue reste dérisoire, quinze jours de prison.
Un conseiller juridique basé à Kaboul, cité anonymement par « The Independent », évoque un processus « extrêmement long et difficile » pour les femmes cherchant justice. Le journal britannique rapporte un cas récent où une femme a été battue par un gardien taliban lors d’une visite à son mari en prison. Lorsqu’elle a porté plainte, sa requête a été rejetée faute d’accompagnateur masculin, son mari étant précisément derrière les barreaux. Une situation qui confine à l’absurde tant elle révèle l’impasse judiciaire de ces femmes.
Les Afghanes victimes de violences ne peuvent plus se réfugier chez leurs parents
Et pour celles qui tenteraient d’échapper aux coups, l’étau, là-encore, se resserre. Une Afghane victime de violences conjugales qui se réfugie chez ses parents sans l’autorisation de son mari peut désormais être considérée comme fautive. Si elle refuse de rentrer, elle et les proches qui l’ont hébergée encourent jusqu’à trois mois de prison. Pour les ONG, cette mesure supprime la dernière échappatoire informelle dont disposaient les victimes.
Un recul spectaculaire des droits des femmes depuis le retour des talibans
Ce nouveau code pénal accentue un démantèlement progressif des droits des femmes depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021. Auparavant, les violences conjugales pouvaient entraîner des peines de prison allant de trois mois à un an, et des lois visaient explicitement les mariages forcés et les violences sexistes.
En quatre ans, les talibans ont érigé un mur épais autour des femmes. Plus de cent décrets les ont effacées, brique après brique, du paysage social, économique et culturel du pays. Ne plus étudier au-delà du primaire. Ne plus sortir sans être voilées. Ne plus travailler. Ne plus voyager sans tuteur masculin. Ne plus croiser le regard d’un homme qui n’est ni un parent ni un mari. Ne plus chanter, lire de poésie, fréquenter un parc, un hammam, une salle de sport. Les ONG ont été sommées de les rayer de leurs effectifs. Et, comme si cette réclusion forcée ne suffisait pas, les fenêtres mêmes des pièces de leurs maisons doivent désormais être murées, pour les effacer jusqu’au regard des voisins.
Les suicides de femmes en forte hausse en Afghanistan
Signe de ce désespoir abyssal : l’explosion du taux de suicide chez les femmes. Coincées entre la violence des talibans dans l’espace public et celle, croissante, à l’intérieur de leurs foyers, elles sont de plus en plus nombreuses à mettre fin à leurs jours. Mais comment ne pas les comprendre ces femmes à qui l’on a confisqué jusqu’au droit élémentaire de pouvoir être soignées ? Quand on vous prend le droit d’apprendre, de travailler et de marcher seule dans la rue, il ne vous reste parfois plus qu’une seule liberté : celle de pouvoir disparaître.
Mais un seuil semble avoir été franchi dans l’arsenal juridique dressé contre les femmes. Les violences faites aux femmes s’inscrivent dans la norme juridique et se parent désormais des habits du droit. Et tandis que l’attention internationale fluctue au gré des crises, des guerres et d’autres drames, les Afghanes, elles, continuent d’avancer à tâtons, un peu plus chaque jour dans la nuit du monde.
2026-02-20 12:09:00
