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« La France a une grille de lecture trop restrictive des rapports de force entre puissances économiques »
Expert en intelligence économique, Christian Harbulot a cofondé l’École de guerre économique (EGE) en 1997. Il explique pourquoi, selon lui, ce concept n’est pas assez développé en France.
Comment est né le concept d’intelligence économique ?
« On a développé ce concept dans les années 1980, parce qu’on a constaté qu’en France, il y avait, et il y a toujours, un véritable problème dans la manière de cerner les rapports de force économiques, qui restent limités à l’analyse concurrentielle. Il n’y avait pas réellement de réflexion ni d’écrits sur les affrontements économiques entre grandes puissances ni sur le concept d’accroissement de la puissance par l’économie. Or, c’est un phénomène structurant des relations internationales. Il a fallu l’arrivée de Donald Trump pour que l’expression de guerre économique commence à être prise un tout petit peu au sérieux. Mais on ne sait pas trop quoi mettre dedans. Pour l’instant, on l’illustre par la notion de sécurité économique, qui reste un angle purement défensif. »
C’est pour cela que vous avez créé l’École de guerre économique ?
« L’EGE a été fondée en 1997 pour travailler en urgence absolue sur la formalisation d’une grille de lecture pour comprendre ces affrontements entre puissances. Avec la grille de lecture très restrictive qu’a la France, on n’a pas compris, par exemple, le double langage de la Chine. Quand Deng Xiaoping a tendu la main aux pays occidentaux en leur disant »Venez faire des affaires chez nous, on est un nouvel Eldorado », beaucoup d’entreprises ont délocalisé sans se rendre compte que derrière il y avait un parti communiste qui ne voulait pas sombrer comme l’Union soviétique et qui allait tout faire pour récupérer de l’information et des technologies, afin de bâtir une stratégie de puissance par l’économie, en opposition totale avec les États-Unis d’Amérique et leurs alliés. »
Votre but, c’est donc de défendre les intérêts souverainistes de la France ?
« Je n’aime pas parler de souveraineté, parce que je trouve ce mot creux. Je préfère parler de puissance. Quand un pays décide de s’engager dans une logique de suprématie ou d’expansionnisme économique, pour lui le problème n’est pas d’être souverain. Le problème, c’est de rendre des pays dépendants de lui, de tisser une toile. Israël est très dépendant des États-Unis, notamment pour les technologies de l’information. Mais il a réussi, en étudiant cette dépendance, à formaliser des stratégies pour s’intercaler dans le système et créer des savoir-faire incontournables, notamment en cybersécurité. Et ça, c’est un choix stratégique défini par un pouvoir politique. C’est ce qui manque en France. »
2025-08-19 06:30:00
