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Un pays gangrené par la criminalité organisée. Depuis dimanche, le Mexique est de nouveau secoué par les violences après la mort du chef du cartel de Jalisco Nueva Generación, tué lors d’une opération militaire dans l’État de Jalisco, dans l’ouest du pays. En réaction à la mort de leur chef « El Mencho », des membres du plus puissant cartel du pays ont déclenché une vague de terreur dans de nombreux États, avec au moins 25 membres de la garde nationale ainsi qu’un agent de sécurité et un fonctionnaire du parquet assassinés dans des attaques.
Un important dispositif militaire a été déployé dans l’État de Jalisco, où les commerces et les écoles sont restés fermés ce lundi. La peur a aussi gagné les États voisins avec des routes bloquées, des véhicules incendiés et des vols annulés. Maîtresse de conférences à Sciences Po Lyon et spécialiste du Mexique, Maya Collombon revient pour 20 Minutes sur cette flambée de violence après l’assassinat du puissant baron de la drogue.
Beaucoup de gens découvrent à sa mort le nom de Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho ». Qui était ce personnage, considéré comme le plus gros baron de la drogue du Mexique ?
C’est un homme né en 1966 dans le Michoacan, l’un des Etats chauds du Mexique, et qui a commencé très jeune sa carrière criminelle. Il a fait ses armes en Californie, où il a vécu plusieurs années avant d’être expulsé pour trafic de stupéfiants. A son retour au Mexique, il a intégré une organisation criminelle locale qui dépendait à l’époque du puissant cartel de Sinaloa. Il s’en est détaché progressivement pour créer à la fin des années 2000 les « Matas Zetas », qui a vite été rebaptisé le cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG). Cette fraction a ensuite pris son essor, profitant de la fragmentation ou de l’affaiblissement d’autres organisations, pour prendre le contrôle de territoires.
Au point d’en faire l’organisation criminelle la plus puissante du pays…
La plupart des analystes s’accordent à dire que Jalisco Nueva Generación est aujourd’hui le plus gros cartel du Mexique. Il serait passé devant Sinaloa, notamment après la chute d’« El Chapo » en 2016. Depuis 2020, le cartel est implanté sur l’ensemble des 32 États du Mexique. C’est aussi une entreprise criminelle transnationale avec des réseaux bien implantés en Amérique centrale, en Europe ou en Asie.
Sa puissance réside par le nombre de ses hommes armés. L’an dernier, le journal La Jornada expliquait en une que les cartels de Jalisco et de Sinaloa étaient le deuxième plus gros employeur du pays après l’État. Il a aussi une puissance financière considérable ; certains experts parlent même du cartel comme d’une entreprise de la taille de Google, qui pourrait être cotée en Bourse.
Quelles sont les particularités de ce cartel ?
La violence extrême de ses membres a été l’un des outils de son expansion. Le cœur de son activité reste le trafic de fentanyl et de méthamphétamine, des substances chimiques qui sont fabriquées dans des milliers de laboratoires clandestins sur le sol mexicain. Mais il a aussi élargi ses activités criminelles à la traite d’être humains ou à l’extorsion dans les zones touristiques. Il contrôle aussi une bonne partie de la production d’avocats et a beaucoup investi ces dernières années dans l’économie touristique pour blanchir l’argent.
Notre dossier sur les cartels
Après l’assassinat d’« El Mencho », la flambée de violence qui secoue l’ouest du pays est-elle surprenante ? Et comment l’expliquer ?
Après l’arrestation d’« El Chapo », il y avait aussi eu des scènes de violences dans le Sinaloa. Mais ce n’était pas de cette ampleur et sur une aussi grande partie du territoire. C’est une manière pour le cartel de montrer sa puissance et son pouvoir de nuisance, une démonstration de force en réaction à la répression des autorités.
Mais c’est surtout un enjeu à l’intérieur même du cartel : maintenant que toutes les principales têtes du cartel ont été coupées, les différents groupes locaux veulent chacun montrer qui est le plus fort pour reprendre le leadership. Les enjeux sont tels que ça aiguise les appétits.
La mort de ce baron est-elle une victoire pour la présidente Claudia Sheinbaum ?
Assurément. Elle a fait le job que lui impose Donald Trump, qui met une pression extrêmement forte depuis plusieurs mois sur les pays d’Amérique latine pour lutter contre le trafic de drogue. Il avait d’ailleurs menacé d’intervenir directement si le gouvernement mexicain n’agissait pas. La présidente mexicaine avait alors eu une réponse claire en disant qu’ils allaient poursuivre les narcotrafiquants, mais qu’il ne fallait pas que les États-Unis touchent à la souveraineté du pays. C’est ce qu’elle vient de réussir en éliminant « El Mencho », même si l’opération a reçu le soutien des États-Unis et s’est faite sous leur pression.
2026-02-23 17:47:09
