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Des ouvriers d’origine malienne ayant illégalement travaillé sur les chantiers des Jeux olympiques de Paris 2024 étaient entendus ce lundi 16 février au tribunal correctionnel de Bobigny. Ils racontent les conditions dans lesquelles ils ont été exploités.
Des ouvriers maliens du village des athlètes des JO de Paris-2024 ont témoigné ce lundi 16 février devant le tribunal correctionnel de Bobigny. Ils étaient entendus dans le cadre d’une instruction sur un réseau opaque de sociétés éphémères qui a, pendant des années, exploité leur précarité migratoire.
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À la barre, français et soninke se mêlent à l’ouverture de la troisième semaine du procès où comparaissent 21 personnes et trois sociétés, jugées pour travail dissimulé et emploi d’étrangers sans autorisation de travail en bande organisée. En mars 2022, un contrôle de l’inspection du travail sur cet emblématique chantier a mis au jour des dérives du secteur du bâtiment orchestrées par des membres de la communauté turque.
À la présidente qui l’interroge sur son parcours professionnel, Moussa raconte qu’il a « commencé à travailler pour les Turcs en 2019 ». Comme lui, tous ses compatriotes entendus par le tribunal désignent Mehmet B. comme « le patron », ayant sous son autorité son beau-frère Erkan T. et Suphi G..
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Ces deux prévenus répartissaient les ouvriers sur les divers chantiers de la zone francilienne, à coups de messages WhatsApp ou simple SMS renseignant une adresse où se rendre le lendemain.
Pas de contrats de travail ou de fiches de paie. Moussa est tout d’abord payé en espèces ou par chèque. Des virements arrivent ensuite mais sur un compte bancaire au nom de son frère, dont Moussa utilise la carte de séjour.
YTB, Sari, Batidem… les entreprises qui lui versent un salaire – sans heures supplémentaires rémunérées – varient d’un mois à l’autre : « c’était la même société mais elle changeait de nom. » Au procureur qui s’étonne, Moussa explique que « sur le chantier, les ouvriers maliens formaient une grande équipe, avec ces mêmes chefs, même si on était payés par des sociétés différentes ».
Corvéables, ces travailleurs osent se rebeller quand, à l’automne 2020 sur un chantier de Velizy (Yvelines), un oncle de Mehmet B. porte un coup de marteau à l’épaule d’un de leurs compatriotes qui, blessé, est alors licencié. « On s’est dit que c’était pas normal, que ça peut nous arriver à tous », peste Alassane à la barre.
300 euros les faux papiers
En contact avec le syndicat CGT, les ouvriers réussissent à négocier et obtenir des contrats de travail avec Mehmet B., Erkan T. et Suphi G. sans pour autant réussir à sortir de l’illégalité. Alassane décrit au tribunal le rendez-vous donné au petit groupe par « Erkan (qui) donne 300 euros (à chacun) pour faire des faux papiers, pour ensuite faire le contrat. »
Ce règne de l’informel et de l’illégal fait tiquer la présidente du tribunal alors que, de par son enjeu, le chantier du village olympique (à cheval sur les communes de Saint-Ouen, Saint-Denis et l’île Saint-Denis) jouit d’un accès sécurisé par badges d’accès.
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Aux ouvriers qui défilent à la barre, la magistrate demande la nature des pièces qu’ils ont fournies pour obtenir le sésame : carte BTP frauduleuse, titre de séjour emprunté à un proche ou simple faux document… « J’ai accédé au chantier en passant toujours avec d’autres collègues mais moi je n’avais pas de badge », témoigne même un travailleur auprès de la juge, médusée.
À la suite du contrôle du site olympique par l’inspection du travail, tous ont vu leur situation migratoire régularisée et expliquent vouloir, à travers ce procès, revendiquer leurs droits. « Jusqu’à présent, je n’ai pas reçu de salaire pour tout ce travail que j’ai fait pour eux », déplore Samou en levant le bras vers les bancs où se serrent les prévenus d’origine turque. « Je n’ai pas été payé pour le chantier des Jeux. »
Le procès doit durer jusqu’au 20 février.
2026-02-16 21:15:34
