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Il est parfois compliqué d’attraper des personnages dans une histoire avancée et complexe, dont on ignore tout. Mais au moins, c’est intrigant. Qu’est-ce qui les lie, les relie ? Le mystère est irrésolu dans Deux pianos, s’agissant d’un pianiste virtuose et de sa mentore dont il fut autrefois l’élève prodige, et qui le fait revenir à Lyon, pour d’ultimes concerts. Quelque chose résiste de leur relation, opaque, dans le récit d’Arnaud Desplechin, coécrit avec Kamen Velkovsky, en collaboration d’Anne Berest.
Avec une autorité troublante, Charlotte Rampling s’empare avec force des ombres épaisses d’un personnage dual de grande musicienne sophistiquée, à la fois vacillante et souveraine – elle refuse qu’on lui dise non, dans une forme d’ascendance à la cruauté étouffée. L’actrice, à chacune de ses apparitions, est magistrale : sa présence, dense et grave, magnifie les thèmes de la transmission, de la mémoire, de la perte, lestés d’une dimension tragique.
Un amour perdu et retrouvé
Comme sans cesse décomposé et recomposé par ses dissonances intérieures, François Civil, dans une partition de pianiste virtuose tourmenté, est comme elle un personnage désaccordé, présent et absent à lui-même. Il est parti et revenu, comme agi par un principe de disparition et de réapparition qui vaut pour ses sentiments. Il est désaxé par un amour perdu et retrouvé : la femme qu’il aimait autrefois ressurgit par un hasard scénaristique très arrangé, sur fond de variation autour du triangle amoureux.
Il a aimé follement autrefois une femme que revoilà. Les retrouvailles de deux anciens amants aux trajectoires séparées sont la deuxième ligne dramaturgique de Deux pianos – sa plus faible. Entre fougue et fugue, la romance coupée en deux, avec un enfant au milieu qui surcharge l’histoire, est peu convaincante. Nadia Tereszkiewicz, dans un rôle flou, n’a pas de prise : ce n’est pas son jeu qui est en cause, mais un personnage féminin comme écrit à contretemps, qui tourne dans une valse-hésitation brouillonne, qui fait mur à la crédulité et l’enchantement.
Arnaud Desplechin travaille des motifs récurrents dans son œuvre : les non-dits et les faux-semblants, les “revenants” et les figures spectrales, le double et la dualité à laquelle le titre même renvoie, qui évoque une tension entre deux voix. Avec sa belle mise en scène, agile et maîtrisée, Deux pianos aurait pu être un beau récit trouble, mais le film, trop écrit, trop chargé, échoue à trouver son équilibre. Il s’affiche comme un grand récit de l’art, de l’amour, de la filiation, de la mort – mais se regarde au bout du compte comme un drame qui joue faux, désaccordé et déconcertant.
Deux pianos d’Arnaud Desplechin, en salles dès ce mercredi 15 octobre. Durée : 1 h 55.
2025-10-15 07:00:00
