vendredi, mai 8, 2026
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« Pas de quoi être fiers du chemin qu’on prend »… L’impact écologique au cœur des débats


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«On n’a pas toujours besoin de l’IA pour avoir une réponse. » Plutôt surprenante, cette phrase lâchée par l’un des big boss d’Orange, son CEO Jérôme Henique, lors d’une table ronde autour de l’intelligence artificielle comme révolution économique, aurait pu être prise pour de la provoc. En filigrane, pourtant, plutôt une volonté de nuancer un sujet particulièrement sensible ces derniers mois, voire ces dernières années : celui de l’empreinte carbone générée par l’utilisation des technologies d’intelligence artificielle très gourmandes en énergie. « Pour chaque requête de nos salariés, on affiche, dans notre entreprise, son coût carbone », précise d’emblée le directeur exécutif.

Pour ces premières assises nationales de l’IA qui se tenaient à Caen, ce jeudi, avec près de 600 décideurs, chercheurs, experts et élus présents, l’accent avait été mis sur les solutions offertes par les programmes et algorithmes développés notamment dans les domaines médicaux, financiers et des services publics. Mais très vite, au fil de la journée, se sont invités dans les débats le coût écologique et l’impact environnemental en cours et à venir des data centers, indispensables à la survie de l’IA.

Encore de nombreuses zones d’ombre

« Nous sommes clairement face à une technologie qui va changer notre manière de travailler. Et je pense qu’il faut simplement l’accepter. » Présente pour porter la voix du président de la République, la chercheuse spécialiste de l’IA, Anne Bouverot, a volontiers admis que l’utilisation de l’intelligence artificielle comportait de nombreuses inconnues. « C’est un domaine dans lequel personne n’a encore toutes les réponses », a reconnu celle qui, en ouverture de son intervention, avait pourtant choisi de présenter l’IA comme une « révolution économique » favorisant une plus grande productivité.

Des propos plus consensuels qu’en février dernier, lors du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle qui s’était tenu à Paris, où l’envoyée spéciale d’Emmanuel Macron avait annoncé le lancement d’une coalition pour une IA durable. En clôture de ces rencontres, elle avait même été jusqu’à déclarer vouloir « réconcilier la transition numérique avec la transition écologique ».

Notre dossier sur l’IA

« On n’a pas de quoi être fiers »

A sa suite, le mathématicien multiprimé et ancien député, Cédric Villani, n’a pas hésité, lui, à fustiger les usages de l’IA lors d’un question-réponse un peu mouvementé. « Aujourd’hui, on n’a pas de quoi être fiers du chemin qu’on est en train de prendre avec l’IA, par rapport à l’environnement. En termes d’écologie, c’est encore pire que ce qu’on pouvait craindre en 2018 », a-t-il affirmé, faisant référence au rapport sur l’intelligence artificielle qu’il avait rendu en mars de cette année-là, alors qu’il était député.

Dans la ligne de mire du lauréat de la prestigieuse médaille Fields, la consommation énergétique des data centers, et les risques de conflits autour de cette énergie limitée. « C’est une nouvelle calamiteuse pour l’environnement et l’écologie en général », a-t-il répété à plusieurs reprises. Avant de faire part de son inquiétude concernant les usages à long terme des systèmes d’intelligence artificielle. « L’énergie, on va se la disputer pour savoir qui a droit à sa part du gâteau », a-t-il prévenu.

Vers une « explosion » de la consommation

A quelques jours seulement de la publication du dernier rapport du Shift Project qui alertait sur la place de l’intelligence artificielle dans un monde décarboné, la question écologique ne pouvait pas ne pas jaillir des échanges. D’autant que le think tank de Jean-Marc Jancovici avait, lui aussi été convié, pour aborder cette délicate question des besoins énergétiques de l’IA. « Les tendances actuelles d’usage nous mènent vraiment vers une explosion en matière de consommation d’énergie. Ce qui nous éloigne de nos ambitions et objectifs climatiques », a alerté, à son tour, Alexandre Theve, directeur R & D au Shift Project et coauteur du rapport.

Dans un monde contraint à des ressources limitées, et dans une filière contrainte, elle aussi, à une trajectoire de décarbonation, le représentant du think tank a mis en garde sur les possibles « conflits d’usage » à venir, rejoignant ainsi Cédric Villani : « Il faudra arbitrer sur l’utilisation que l’on fera de l’énergie dont on dispose. »

Une consommation électrique doublée en cinq ans

Selon le rapport du Shift Project publié le 1er octobre, la consommation électrique des data centers pourrait atteindre 1.250 à 1.500 TWh en 2030, contre 530 en 2023, soit plus du double. Un chiffre exponentiel en grande partie dû à l’utilisation grandissante des programmes d’intelligence artificielle quels qu’ils soient.

Enfin, si la consommation des data centers ne représente aujourd’hui « que » 15 % de la consommation électrique mondiale générée, elle pourrait atteindre entre 35 % et 55 % d’ici cinq ans. Tandis qu’en France, on recense d’ores et déjà plus de 300 data centers qui génèrent, eux, 50 % des 4,4 % que représente le numérique dans l’empreinte carbone du pays, soit l’équivalent des émissions totales du secteur des poids lourds.



2025-10-10 11:35:06

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