dimanche, mai 10, 2026
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Pourquoi l’enquête sur le suicide de sa femme Krisztina Rady est rouverte une quatrième fois


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Le 10 janvier 2010, Krisztina Rady, une Franco-hongroise de 41 ans, est retrouvée pendue chez elle à Bordeaux. Le soir même, le drame fait la une de tous les JT. Car si son nom n’évoque rien au grand public, c’est loin d’être le cas de celui de son mari et père de leurs deux enfants : Bertrand Cantat. Le leader de Noir Désir a été condamné en 2004 pour avoir battu à mort sa compagne d’alors, Marie Trintignant. Libéré en 2007, il s’est immédiatement réinstallé avec Krisztina Rady, qu’il avait quittée pour l’actrice. Malgré sa présence dans la maison au moment du drame et son passé, l’enquête conclut rapidement au suicide et le chanteur est dédouané.

Mais jeudi, quinze ans après les faits, le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul, a annoncé rouvrir l’affaire. Une nouvelle fois, la quatrième. Au cœur de sa démarche, un documentaire Netflix, « Le cas Cantat », diffusé au printemps. « Je pense que toute personne qui le regarde se pose naturellement des questions à la fin en disant : « effectivement, il y a quand même beaucoup de choses qui sont dites et qui vont dans le sens de l’existence de violences volontaires qui auraient été portées à l’encontre de Kristina Rady » », a-t-il précisé ce vendredi au micro de France Info. En se replongeant dans les quatre enquêtes ouvertes en 2010, 2013, 2014 et 2018 – toutes classées sans suite –, il a estimé que plusieurs « affirmations et témoignages » méritaient d’être vérifiés.

Le « premier élément médical » ?

Le témoignage d’un infirmier affirmant avoir découvert « par hasard », dans les archives d’un hôpital bordelais, le dossier de la victime intéresse tout particulièrement les autorités. Selon ses propos, Krisztina Rady serait passée aux urgences après « une altercation avec son compagnon » et présentait un « décollement du cuir chevelu et des bleus, des hématomes ». « Dans ses observations, [le médecin] note que Kristina Rady pleurait beaucoup mais qu’elle ne voulait pas porter plainte pour protéger ses deux enfants », raconte ce témoin. « Ce serait le premier élément médical dont nous pourrions disposer », insiste le magistrat. A condition évidemment de parvenir à le vérifier.

Dans cette affaire, la question du suicide ne fait pas débat. Kristina Rady a « laissé un mot, dont la teneur a été réservée à la famille, pour expliquer son geste », avait indiqué le parquet de l’époque, confirmant « l’absence d’intervention d’un tiers ». Ce que cherche désormais à déterminer la justice, c’est si son geste a pu être la conséquence de violences conjugales répétées de la part du chanteur. Une forme de harcèlement tel que la mère de famille n’aurait pas trouvé d’autre issue que de se donner la mort. Depuis 2020, le « suicide forcé » est inscrit dans la loi mais celle-ci n’est pas rétroactive et cette notion ne peut s’appliquer à cette affaire.

« Hier, j’y ai laissé une dent »

En 2013, un premier complément d’information avait été ordonné après la parution d’un livre-enquête sur cette affaire, « L’amour à mort », signé Stéphane Bouchet et Frédéric Vézard. Les journalistes ont notamment récupéré un enregistrement laissé par la victime sur le répondeur de ses parents. « Hier, j’ai failli y laisser une dent. Il m’a balancé mon téléphone, mes lunettes. Il m’a jeté quelque chose de telle façon que mon coude est totalement tuméfié et, malheureusement, un cartilage s’est même cassé », confie-t-elle.

Dans ce message de 7 minutes, laissé six mois avant son suicide, Krisztina Rady évoque très clairement des violences physiques et psychologiques. « Il semblait que quelque chose de très bon était en train de m’arriver mais en l’espace de quelques secondes, Bertrand l’a empêché et l’a transformé en un vrai cauchemar qu’il appelle amour. » Elle y raconte une situation « intenable » tant pour elle que pour ses enfants et affirme avoir envisagé de fuir, mais n’être pas « en état » de le faire. Ses propos sont étayés par son ex-compagnon, le producteur François Saubadu, qui affirme dans la presse avoir été témoin de « la terreur psychologique » que faisait endurer le chanteur à Krisztina Rady.

Un nouveau regard

En 2014 et 2018, l’avocate et militante des droits des femmes Yaël Mellul porte plainte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Dans sa dernière action, elle s’appuie sur des témoignages de proches du groupe, confirmant le comportement violent du chanteur. En 2017, dans une enquête du Point, un ex-membre de Noir Désir a également affirmé que Krisztina Rady leur avait expressément demandé de mentir au cours de l’enquête sur Marie Trintignant pour sauver le père de ses enfants. Elle-même avait affirmé à la barre n’avoir jamais subi de violences. A quel point ce témoignage a-t-il pu jouer dans l’enquête sur sa propre mort ?

On l’a dit, chaque réouverture de l’enquête s’est soldée par un classement sans suite, la justice estimant que les éléments ne permettaient pas d’établir de liens entre le suicide et d’éventuelles maltraitances. Mais en quinze ans, le regard sur les violences faites aux femmes a évolué. En 2010, la justice s’est essentiellement appuyée sur le rapport d’autopsie – qui n’a mis en lumière aucune blessure suspecte – pour écarter les violences conjugales. Quid des violences psychologiques ?

Rouvrir cette affaire, c’est l’examiner sous un nouvel angle. A la manière d’un scellé qu’on analyse une nouvelle fois, quinze ans plus tard, pour voir si les techniques récentes permettent de mettre en lumière un indice déterminant. Reste une question et non des moindres : l’affaire est-elle prescrite ? Car pour un délit, elle court six ans après le dernier acte judiciaire. Or, la dernière plainte remonte à 2018. Toutefois, dans ce type d’affaires où la récidive est fréquente, la justice ne s’interdit pas d’enquêter. A la recherche d’un fait plus récent, peut-être d’une autre victime.



2025-07-25 13:54:24

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