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« Puisque l’eau monte » : une enfance marquée par l’ombre des secrets
Voici Sibylle Duval, Parisienne à la manucure bleu marine impeccable « Head of Development à seulement 28 ans ». En couple avec Maxime, elle nous raconte comment elle assure tout le temps, partout. « Mais il y a eu cette nuit aux Saintes-Maries, et soudain le jardin a pris l’eau, et elle ne reconnaît plus ni son compagnon, ni elle, ni rien. »
Le lecteur met un moment à comprendre ce qu’il s’est passé, sonné par le récit d’ouverture qui narre en détail la réalité très physique d’un avortement caché à tous, et d’abord à Maxime. Le cours de la vie de Sibylle se détraque, son corps se dérobe, les souvenirs remontent, « l’eau monte », comme dit le titre. Comme en écho à cet été lointain où sa mère adorée s’est effondrée. Sibylle avait 14 ans. Depuis cette femme s’est murée dans le silence, la fatigue, le brouillard des médicaments. « Quelque chose l’avait brisée, cet été-là, ou bien s’était brisé en elle. » Il va s’agir d’essayer de comprendre pourquoi.
L’écriture de cette comédienne et codirectrice d’une compagnie de théâtre qui, dans son premier récit, racontait le viol, à l’âge de 9 ans, qui a détraqué longtemps le cours de sa vie, est à la fois cinématographique et viscérale, ce qui va rarement de pair. Le fond de l’air est féministe et écolo, il est question des lignées de femmes et de transmission entre elles. La dernière scène, qui révèle la narratrice à elle-même, a la clarté du ciel d’après l’orage. « Ce qui s’est allumé en moi, maman, je ne saurais ni l’éteindre ni l’étouffer. C’est bien trop grand. »
« Géographie de l’oubli » : un héritage de silences et de fragments
C’est un livre bref, mais qui se prolonge dans ses silences. En son cœur, deux oublis : celui du passé de Suzanne, la grand-mère de Raphaël Sigal, à qui Alzheimer confisque les souvenirs, et celui d’une histoire familiale oblitérée par la Shoah. Pour raconter ces trous, l’auteur, universitaire, a choisi une forme étrange, qui refuse l’archive et la recherche, prenant appui sur tout ce qui n’aura pas été dit pour évoquer des « océans généalogiques » constitués à partir des « gouttes d’eau des histoires personnelles ».
La famille de Raphaël Sigal n’est pas exceptionnelle. Comme beaucoup de lignées juives d’Europe de l’Est, elle est marquée par la tragédie et les non-dits. Comme sa grand-mère, elle est « bavarde et silencieuse. Elle parle et ne dit pas ». Mais heureusement, elle écrit.
Avant sa mort, pour retenir les lambeaux de sa conscience effilochée, Suzanne tenta de consigner sur le papier le « roman qui reste dans [s]a tête sans qu’[elle] puisse l’imprimer ». À partir de ce patchwork, son petit-fils fait un livre sensible, impressionniste, peut-être un peu trop court, mais dont les traces demeurent et résonneront chez d’autres membres de cette troisième génération qui n’a pas vu, mais ressent tout, héritière confuse car lointaine des traumatismes de ses aïeux qui souffrirent beaucoup en silence.
2025-09-15 11:00:00
