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Ils ne savent pas quand ils pourront repartir. Alors, ils sont descendus de leur camion et ont peu à peu fait connaissance. Ils ont pas mal discuté, fait quelques photos et vidéos de l’épais panache de fumée qui s’élevait devant eux. Ils ont parfois pleuré aussi, asphyxiés par les gaz lacrymogènes tirés par les forces de l’ordre mobilisées en nombre pour cette journée « Bloquons tout ». « J’ai encore le tympan qui siffle », témoigne Marty, après avoir été frôlé par une grenade de désencerclement envoyée par les gendarmes mobiles postés sur le pont de l’Alma, à Rennes.
Le chauffeur s’était avancé de quelques mètres pour s’assurer que le camion de Jérémy n’avait rien. La grenade est tombée juste à côté. « Ça pique les yeux », témoigne Jérémy, les yeux rougis par la lacrymo. Il est déjà plus de 9 heures. Et les deux hommes sont toujours bloqués sur la rocade de Rennes. « Je ne pense pas que je pourrai rentrer chez moi ce soir », reconnaît le chauffeur poids lourd parti ce matin d’Angers. « A 30 secondes, je passais. Ils ont posé le barrage juste devant nous », raconte Jérémy, bloqué depuis 7h15. Lui qui devait aller à Saint-Brieuc puis jusqu’à Morlaix sait qu’il va rester là un moment.
Réunis sur le boulevard Henri-Fréville, des centaines de manifestants ont réussi à s’introduire sur l’axe périphérique de Rennes pour bloquer la circulation dans les deux sens. Les forces de l’ordre ont bien tenté de les empêcher. En vain. Peu après 7 heures, ils ont érigé des barrières et paralysé le trafic. Qui sont-ils ? En très écrasante majorité, des jeunes, qui refusent pour la plupart de répondre à la presse. « Moi, je me bats pour la langue bretonne », nous glisse l’un d’entre eux.
« Désolé, on n’a plus de café »
Sur la rocade, certains manifestants discutent avec les automobilistes bloqués. « Vous voulez un sandwich, des gâteaux ? Désolé, on n’a plus de café », lancent deux jeunes femmes. L’immense majorité est équipée de masques chirurgicaux et de lunettes. Pour éviter de subir les gaz lacrymogènes, mais aussi pour éviter d’être reconnus.
Après avoir bloqué le trafic en érigeant des barrières et des palettes, les manifestants ont été la cible des forces de l’ordre. « Le pays va mal. Je ne suis pas surpris que ça pète comme ça. On ne prend plein la gueule. Et j’ai l’impression que ce sont toujours les mêmes qui ramassent », témoigne un automobiliste bloqué sur la rocade. Lui est solidaire du mouvement. Même s’il y a du dégât ? « Ça arrive parfois ». A Rennes, un bus du réseau Keolis qui était immobilisé sous le pont de l’Alma a notamment été incendié, provoquant un immense nuage de fumée noire. Il pourrait avoir endommagé la structure de ce pont majeur, qui doit chaque jour supporter des milliers de véhicules.
« On ne sait pas trop ce qu’ils veulent »
Aux yeux de certains témoins, cet acte « gratuit » ne passe pas. « Je ne comprends pas pourquoi ils font ça. Le blocage, je veux bien comprendre. Mais là, dégrader du matériel comme ça, c’est dommage », regrette Jérémy. Sa collègue Elina, dont le poids lourd est bloqué quelques mètres plus loin, va dans le même sens. « Le problème, c’est qu’on ne sait même pas trop pourquoi ils bloquent comme ça. On nous a parlé des jours fériés, de la Palestine… C’est un peu confus. On ne sait pas trop ce qu’ils veulent ». Elle aussi condamne ce bus cramé. « Ça devrait se faire sans violence. J’ai l’impression qu’à chaque manifestation, il faut que ça se finisse comme ça ». On ignore pour l’heure quelles conséquences le feu aura sur le pont enjambant la rocade.
Devant elle, deux chauffeurs de poids lourd espagnols s’inquiètent. Dans leur camion se trouvent 63 veaux vivants, qui s’agitent à chaque déflagration. « Si les gaz viennent jusque-là, on aura de gros problèmes », expliquent les deux hommes, qui ignoraient tout de cette journée « Bloquons tout » du 10 septembre. « On doit aller à Cherbourg puis rentrer à Toledo. Je ne sais pas combien de temps on va rester là ». A cette heure, personne ne le sait. Grâce à l’intervention des forces de l’ordre, la circulation a pu reprendre doucement à partir de 10h30 ce mercredi. Elle restait perturbée. Une manifestation est prévue à 11h30 en centre-ville. Plusieurs « bloqueurs » nous ont fait savoir qu’ils envisageaient de s’y rendre.
2025-09-10 08:49:52
