mardi, mars 24, 2026
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Vanessa Seward : « Je suis très fétichiste avec les vêtements »


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ELLE. – Enfant, comment étiez-vous habillée ?

Vanessa Seward. – « J’ai grandi à Londres, vêtue en semaine d’un uniforme scolaire bleu marine. Le week-end, ma mère adorait nous habiller, mes deux sœurs et moi, de robes à smocks identiques. Cela amusait tout le monde… sauf peut-être ma grande sœur de 14 ans, résignée dans sa tenue… La pauvre ! Ma mère aimait aussi l’audace. Elle était fascinée par Biba, cette boutique avantgardiste de Londres. C’était un festival de couleurs et de silhouettes fantasques. J’en étais folle. Elle nous y emmenait souvent, et il y avait un rayon enfant. Un jour, j’en suis ressortie avec un chapeau de paille orné de cerises. »

« Tout ce qui incarnait la féminité m’attirait »

ELLE. – Votre premier souvenir de mode ?

V.S. – « C’est sans doute le dressing de ma mère. Elle était argentine, d’une élégance rare, presque théâtrale. Enfant, je passais des heures à fouiller dans son armoire, en cachette bien sûr. Je glissais ses robes du soir sur moi, des pièces brodées, précieuses… Tout ce qui incarnait la féminité m’attirait, sans que je comprenne pourquoi. Ma mère, c’était un vrai personnage. Elle était très haute en couleur. Moi, j’étais tout son opposée, mais je la regardais, fascinée. Elle adorait les films des années 1930-1940, ceux avec Bette Davis, l’une de ses actrices préférées. Il y avait un peu de Bette Davis dans son allure. »

ELLE. – Quel style vous ont transmis vos parents ?

V.S. – « C’est un mélange singulier. De ma mère, j’ai hérité le goût du glamour, des paillettes, de cette élégance irrévérencieuse. Mon père, diplomate, très soigné, m’a transmis le goût des choses bien faites, de l’intemporel, de l’artisanal. Mon style s’est peu à peu façonné entre ces deux postures, un hybride entre le charme et le classique. »

ELLE. – Le look de votre adolescence ?

V.S. – « Après Londres, nous avons emménagé à Paris, dans le 16e arrondissement. J’étais inscrite à Lübeck, un lycée privé catholique fréquenté par des filles bien élevées. Mais, dès que je le pouvais, je m’échappais vers un tout autre monde : celui des Halles. Mon refuge, c’était Fiorucci. Cette boutique me fascinait. Il y avait une énergie folle, des couleurs, de la musique, une exubérance joyeuse. À l’époque, avoir un jean Fiorucci, c’était le Graal. »

ELLE. – La première pièce que vous vous êtes offerte ?

V.S. – « Je m’en souviens très bien. J’avais 16 ans, et c’était un blouson incroyable, en denim et en cuir verni noir, avec des franges. Je l’avais trouvé chez Kiliwatch. Mi-vintage, mi-tex mex, il symbolisait le style du quartier des Halles qui n’avait rien à voir avec aujourd’hui : pas de fast fashion, pas de grandes enseignes. C’était un monde à part, bouillonnant. Il y avait des cafés, des fripes et une foule de gens incroyables : des bandes, des styles bricolés, du vintage porté avec une audace folle. Tout le monde s’y donnait en spectacle. Je me revois au bar du Costes, à observer cette liberté. Une vraie école de style à ciel ouvert. »

ELLE. – Le vêtement que vous garderez toujours ?

V.S. – « Ma robe de mariée, sans hésiter. Ce n’était pas une robe traditionnelle, mais une robe de cocktail blanche taille genou. Je la portais avec une voilette incrustée de strass sur le visage et une fleur de cristal dans les cheveux. Je ne l’ai jamais remise depuis, mais je la garde précieusement car elle reste liée à un moment très précis. Je suis très fétichiste avec les vêtements. »

« Je me suis inventé un uniforme »

ELLE. – Le jour où vous avez trouvé votre style ?

V.S. – « Curieusement, c’est le jour où j’ai créé ma marque. En me lançant dans cette aventure, j’ai dû l’analyser, le conceptualiser, mettre des mots sur ce que je faisais instinctivement. À ce moment-là, je me suis presque détachée de moi-même pour mieux me cerner. Et je me suis inventé un uniforme : un total-look denim, presque effacé. Une manière de m’éloigner de ce que je mettais dans mes créations. »

ELLE. – Le créateur ou la créatrice qui vous a le plus inspirée ?

V.S. – « Ceux avec qui j’ai eu la chance de travailler. Karl Lagerfeld, auprès de qui j’ai passé neuf ans chez Chanel, était d’une exigence extrême. Il dessinait tout, avait une réponse à chaque question. Derrière cette rigueur, une vraie gentillesse envers les équipes. Il y a Tom Ford, que j’ai croisé chez Saint Laurent. C’était l’émergence d’un nouveau type de directeur artistique, à la vision globale : de la création à l’image, en passant par le marketing.

Et puis Loris Azzaro. Une rencontre différente. Nous avons travaillé en tête à tête. Il était déjà malade, mais m’a transmis énormément : son sens du style, sa vision de la féminité, cette idée de mise en beauté de la femme. Enfin, des créateurs que je n’ai pas connus, comme Vivienne Westwood, m’ont marquée par leur radicalité, leur engagement. Elle a porté un discours visionnaire sur la surconsommation et l’environnement. Étonnante, entière, inclassable. Profondément inspirante. »

« La mode peut renforcer la confiance en soi »

ELLE. – Le déclic qui vous a donné envie de devenir créatrice ?

V.S. – « Le déclic est venu à l’adolescence, quand mon allure commençait à se faire remarquer. On me proposait d’être mannequin pour de jeunes créateurs, simplement grâce à la façon dont je portais les vêtements. C’est fou comme la mode peut renforcer la confiance en soi, c’est comme une armure. J’ai immédiatement voulu travailler dans cet univers. »

ELLE. – La pièce que vous avez le plus vendue ?

V.S. – « C’est un jean droit taille haute, créé en 2012 pour ma marque. À l’époque, les denims taille haute n’étaient pas tendance, mais celui-là est devenu un vrai best-seller. Je l’avais appelé le jean “Victoire”. »

ELLE. – La pièce dont vous êtes la plus fière ?

V.S. – « Une cape en cachemire Begg x Co. Travailler avec cette marque, qui crée des pièces intemporelles, me tient vraiment à cœur. Je crois profondément en cette philosophie de “vêtements pour la vie”, et, pour moi, c’est clairement l’avenir. »

ELLE. – Votre dernier achat ?

V.S. – « Une chemise Sébline d’inspiration militaire, avec plastron aux épaules et poches plaquées, un style safari. C’est masculin tout en restant féminin, et j’aime cet équilibre. Avant, j’adorais les pièces très ajustées, qui mettaient en valeur ma silhouette fine. Aujourd’hui, avec l’âge, je préfère des coupes plus souples, une sensualité plus douce, moins directe dans le vêtement. »

ELLE. – L’achat le plus improbable ?

V.S. – « Une paire de santiags en croûte de cuir camel. Je les avais choisies parce que je voyais des filles comme Emmanuelle Alt les porter, et je trouvais ça canon. Mais, sur moi, c’était une autre histoire. Je n’ai jamais réussi à franchir le pas, sans doute parce qu’elles étaient trop connotées. Elles sont donc restées sagement rangées dans leur boîte… jusqu’au jour où j’ai décidé de m’en séparer. »

« En rentrant chez moi, je passe d’un personnage à un autre »

ELLE. – L’achat le plus luxe ?

V.S. – « Un ensemble en cachemire de Begg x Co, parfait en hiver pour un look tout en douceur, une féminité subtile. La couleur, un beige chaud, presque noisette, donne une élégance naturelle et s’harmonise avec tout. C’est ça, le vrai luxe : des pièces nobles qui durent, faciles à porter et intemporelles. »

ELLE. – Un look pour séduire ?

V.S. – « Plus qu’un look séduisant, c’est celui qui vous donne confiance. Car, au fond, ce que les hommes remarquent vraiment, c’est cette assurance, bien plus que le vêtement lui-même. »

ELLE. – Et pour convaincre ?

V.S. – « Rien ne vaut un tailleur-pantalon. J’aime quand les épaules sont légèrement marquées, avec ce petit clin d’œil aux années 1980, mais sans tomber dans l’excès. Trop d’effets de style devient vite caricatural. »

ELLE. – Votre style à la plage ?

V.S. – « Plutôt simple. Je n’ai pas beaucoup de style à la plage. J’aime tout ce qui est facile à porter, comme les robes mexicaines, légères et confortables. »

ELLE. – À la maison ?

V.S. – « En rentrant chez moi, je passe d’un personnage à un autre. Je privilégie le confort en portant une chemise de nuit pour homme Charvet que je ceinture, ou une robe indienne signée Bloom Paris. Parfois les T-shirts de mes idoles de jeunesse, comme Bruce Springsteen, que j’associe à un jean. »

ELLE. – Et pour aller danser ?

V.S. – « Je ne vais plus beaucoup en boîte, et puis je suis d’une timidité maladive. Pour me lancer sur la piste, je dois boire beaucoup d’alcool. »

ELLE. – Votre pyjama, c’est quoi ?

V.S. – « J’aime les pyjamas imprimés, ceux à motifs provençaux de la marque Le Château de ma Mère, par exemple. »

« Je suis opposée à la notion de mauvais goût »

ELLE. – Le vêtement tue-l’amour ?

V.S. – « Quand on regarde le look plutôt que la personne. Un total-look marqué, un maquillage excessif, tout ce qui est trop connoté finit par effacer la personne. »

ELLE. – D’ailleurs, peut-on relooker son conjoint ?

V.S. – « Je n’oserais jamais relooker Bertrand [le compositeur Bertrand Burgalat, ndlr]. Il est trop chic et trop stylé ! »

ELLE. – Le vêtement qui incarne le mauvais goût ?

V.S. – « Je suis opposée à la notion de mauvais goût, c’est tellement subjectif. Je ne supporte pas ceux qui catégorisent en disant “ça c’est beau” ou “ça c’est moche”. C’est bien trop réducteur ! »

ELLE. – L’accessoire que tout le monde aime et que vous n’aimez pas ?

V.S. – « Le it bag : un manque cruel de personnalité. Je ne pourrai jamais en porter. »

ELLE. – Un look coupable que vous adorez ?

V.S. – « Tout ce qui est pop. Les lunettes en forme de cœur. Rose vif. Du fun, voilà. »

ELLE. – Votre pire fashion faux pas ?

V.S. – « À une époque, mes brushings trop… chargés. Mes cheveux auraient gagné à être moins volumineux. »

ELLE. – La personne la plus stylée au monde ?

V.S. – « Greta Garbo. Sa garde-robe débordait de sophistication et de couleurs, notamment du rose, même si, dans la rue, l’actrice affichait une allure austère et ultra-chic, juste habillée d’un imperméable et de lunettes de soleil, comme pour dire : “Laissez-moi tranquille.” Et puis il y a Fred Astaire. Qui détestait les vêtements neufs. J’ai lu qu’il les froissait pour leur donner un aspect naturel. C’était le maître du chic masculin. »

« En 2050, j’espère qu’on aura changé notre manière de consommer »

ELLE. – Celle que vous rêvez d’habiller ?

V.S. – « Dakota Johnson. Je l’ai vue cet été dans “Materialists”, elle m’a vraiment marquée. Il y a chez elle une forme de chic discret, à la fois à l’écran et dans la vie. Très inspirante ! »

ELLE. – Un look pour 2050 ?

V.S. – « En 2050, j’imagine un look fait de pièces confortables, comme celles de la marque de lingerie Skims, associées à du vintage. Mais plus que le style, j’espère surtout qu’on aura changé notre manière de consommer, en misant sur l’intemporel, sur des vêtements qu’on garde. »

ELLE. – Une tenue pour votre dernier voyage ?

V.S. – « Je choisirai une robe longue noire, très dramatique, portée pieds nus. Un choix à la hauteur de l’intensité du moment. »



2025-08-24 12:00:00

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