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Les images sont terrifiantes, les chiffres donnent le tournis et permettent de se représenter le caractère inédit de l’incendie qui sévit en Gironde. Les flammes ont déjà parcouru 42.000 hectares – quatre fois la superficie de Paris – et quelque 220.000 personnes ont été évacuées depuis mercredi. Elles sont désormais à une quinzaine de kilomètres de la métropole bordelaise. Surtout, les soldats du feu sont formels : la situation est loin d’être maîtrisée. Pourquoi ce feu est différent de tous ceux que la France a connu ?
« Orage de feu »
Selon le lieutenant-colonel Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, l’incendie a généré un phénomène, inédit en France, d’« orage de feu » rendant les flammes incontrôlables. « L’élévation de la température au sol, au coeur de l’incendie, est telle que la chaleur intense monte en colonne et rencontre des masses d’air plus froides au sommet. Le contact crée un « pyrocumulonimbus » appelé « orage de feu » – sans aucune humidité malheureusement », précise-t-il.
Conséquence : ce nuage de fumée génère sa propre « météo ». « Des éclairs se forment à l’intérieur, qui attaquent les braises au sol et continuent à alimenter l’incendie… Ça produit un bruit sourd, comme quelque chose qui gronde », poursuit le porte-parole. D’ordinaire, ce type de feu sévit en Australie, au Canada – récemment à Los Angeles – mais c’est la première fois en France. Toutefois, l’an dernier, lors de l’incendie massif dans l’Aude, des effets similaires – mais de moindre intensité – avaient été observés.
Difficilement contrôlable
« C’est intense, titanesque », décrit le chef de bataillon Florian Lointier. La principale difficulté pour les pompiers est l’aspect incontrôlable de cet incendie : ce feu est dit « convestif ». En clair : il crée ses propres vents qui changent tout le temps de direction, là où d’ordinaire les incendies avancent de manière conique. Ainsi, l’incendie se développe dans tous les sens et créé plusieurs têtes de feu.
« On ne sait pas comment le sinistre va se propager, le front change en permanence de position. On ne peut pas lutter. On est comme David contre Goliath : ça veut dire qu’à un moment, on va trouver le point faible et on va le taper. Il viendra soit du salut du ciel avec la pluie – mais il faudrait qu’il pleuve de manière abondante pendant trois jours – soit en trouvant un système pour amener le feu à un endroit où il mourra de lui-même. La mer par exemple », analyse le lieutenant-colonel Éric Brocardi.
Des moyens inédits
Au total, 2.500 pompiers sont mobilisés en Gironde, dont un groupe suisse, ainsi que 1.500 militaires, près de 1.200 policiers et gendarmes et 450 bénévoles des associations de sécurité civile, selon des chiffres donnés ce dimanche midi par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. L’avion militaire de transport A400M déployé par le gouvernement pour lutter contre les incendies dans le Sud-Ouest a effectué ce week-end, pour la première fois, un produit retardant.
Malgré ces moyens, « la situation sur le terrain est plus défensive qu’offensive, précise le porte-parole des pompiers. C’est une stratégie de guerre, on n’arrête pas de se faire bombarder et il faut mettre tout le monde à l’abri. » Selon les autorités, le feu pourrait encore perdurer plusieurs jours.
2026-07-26 15:04:31
