mercredi, juillet 8, 2026
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Découper Assia en morceaux, « c’est la chose la plus terrible que j’ai pu faire, qui me hante », s’effondre l’accusé


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A la cour d’assises de Paris,

S’il a tenu sa clef de bras autour du cou d’Assia, qu’il a gardé sa main sur son visage, et tout le poids de son mètre 90 et ses 80 kg sur celui de son épouse de 20 kilos de moins, c’est « pour la faire taire ». Voilà pourquoi cette mère de trois enfants (8 ans, 13 ans et 16 ans à l’époque) est décédée le 30 janvier 2023, en banlieue parisienne. C’est en tout cas ce que défend son mari, Lakhdar Matoug, qui tient une version constante dans le box des accusés au troisième jour de son procès.

Il est accusé d’avoir tué sa femme Assia Matoug, de l’avoir démembrée et d’avoir jeté les morceaux de son cadavre emballés dans des sacs-poubelle à divers endroits du parc parisien des Buttes-Chaumont et dans une friche industrielle à Bobigny. S’il reconnaît être à l’origine de sa mort, il nie avoir eu l’inention de la tuer.

Pour les parties civiles et l’avocate générale, ce n’est pas un simple accident. Ce n’est pas une dispute qui a terminé en drame. C’est un féminicide. Un mari qui a empêché son épouse de partir après une énième dispute dans le couple qui faisait chambre à part depuis plusieurs mois. Quand les parties du corps d’Assia ont été retrouvées par les jardiniers des Buttes-Chaumont, elle portait un jean, un pull, une parka avec ses clefs à l’intérieur. Pour les avocates, elle était prête à le quitter, pour preuve, une enveloppe d’argent liquide dans son sac à main. Lui explique qu’il l’a habillée après l’avoir tuée. Parce qu’il avait peur « qu’elle ait froid ». « Elle était frileuse », explique-t-il au président, avant de fondre en larmes.

« Du jour où je l’ai rencontrée à son décès, je n’ai jamais levé un doigt sur elle »

Lakhdar Matoug s’effondre en se souvenant avoir continué à parler à son épouse alors qu’il avait caché son cadavre dans une pièce condamnée car encombrée par un amas de vêtements qu’elle avait entassés. Un corps qui restera là pendant trois jours. Alors que les trois enfants passent devant cette pièce seulement séparée du salon par un rideau. Les conseils des parties civiles pointent aussi la présence d’ecchymoses sur diverses parties du corps : jambes, cuisses, coudes, joue, menton, crâne… Aucune explication de l’accusé qui l’assure : « Je ne l’ai pas violentée, je ne l’ai pas frappée, du jour où je l’ai rencontrée à son décès, je n’ai jamais levé un doigt sur elle. »

Un « monde parallèle »

Les faits sont tenaces. Même s’il n’a pas voulu la tuer, même s’il l’a asphyxiée sans le vouloir, que tout ce moment qui semble « avoir duré une éternité » « est passé très vite », il a quand même pris soin de mettre en scène la suite. Pris de panique par l’arrivée imminente de son deuxième fils, il retourne le corps de sa femme inerte, visage vers le canapé. Lui met une couverture, pour faire croire qu’elle dort qu’elle est malade. Puis c’est « deux mondes parallèles » qui s’ouvrent, comme il le dit. Une sorte de dissociation. En effet, l’alcool consommé quotidiennement à cette période « pour se donner du courage » ainsi que le manque de sommeil ont pu le maintenir dans un état « dissociatif », selon le rapport de l’experte psychiatrique.

D’un côté, garder un calme exemplaire pour faire comme si tout était normal. Conserver la routine quotidienne pour, dit-il, « protéger les enfants ». Son problème principal. De l’autre côté, le « deuxième problème », le corps de sa femme qui risque de se décomposer au sein même du foyer familial. Il va même imaginer le scénario de la disparition de sa femme, apparaître effondré devant les médias, avant de finalement avouer, lors de sa troisième audition de garde à vue, être l’auteur du crime. Mais pourquoi ne pas appeler les secours quand il voit qu’elle ne respire plus ? « J’étais choqué. La première des choses qui m’est apparue, c’est que mes enfants allaient arriver. J’ai oublié tout le monde, je ne voyais rien. »

Décrire l’indicible

De là à prendre la décision de scier les bras, les jambes, la tête de cette femme qu’il décrit comme la « seule relation qui a compté dans sa vie », il faut un sacré sang froid, relève alors l’avocate de la famille d’Assia, Marie Moncef. C’est la seule solution qu’il a trouvée pour sortir le corps, raidi et alourdi, de sa victime, explique-t-il. L’accusé de 53 ans insiste : « C’est la chose la plus terrible que j’ai pu faire. Quand j’ai touché à l’être cher, à ma femme, à son corps, c’est la chose la plus terrible, je ne me reconnais pas dans ça, c’est ça qui me hante et me tourmente tout le temps. » Quand le président tente de comprendre plus précisément comme il a procédé, par quel bout il a commencé, s’il y avait du sang, s’il avait emballé le corps avant de procéder à l’acte, il bloque.

«- Dans la cuisine, vous avez mis des sacs-poubelle sur le sol ?

– Oui.

– Sur chacun de ses membres ? Vous avez commencé par où ? »

Lakhdar Matoug ne peut pas poursuivre. Il prend la tête dans ses mains. Il pleure.

«- C’est flou. Je ne peux pas relater ça. La seule chose que je peux vous dire c’est que dans la cuisine, j’ai fermé la porte pour que ce soit sombre, pour moins voir, j’ai fait ça rapidement. C’est très mélangé dans ma tête.

– Ça a duré longtemps ?

– Je ne pense pas non.

– Entre une heure et demie et deux heures ? Plus court ?

– Peut-être. »

Il retire ses lunettes. Renifle.

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Droit dans son polo blanc, les mains jointes devant lui, Lakhdar Matoug l’affirme à l’avocate générale : il n’a rien à cacher et ne cherche pas à se défendre pour « échapper à quelque chose ». « Je ne me projette plus. J’ai tout perdu. Tout. Tout. Tout. Le plus important c’est de voir que les enfants avancent. La vie s’est arrêtée pour moi », ajoute-t-il. Ce à quoi la procureure rétorque : en tout cas, il y en a une pour qui c’est certain qu’elle s’est arrêtée. Lakhdar Matoug encourt la réclusion criminelle à perpétuité.



2026-07-08 18:42:26

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