samedi, juillet 4, 2026
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« Un risque accru »… L’été sera-t-il marqué par la multiplication de grands incendies ?


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En déplacement dans l’Aude, département actuellement ravagé par les flammes, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez s’est déclaré « très inquiet pour la suite de la saison ». Comment ne pas l’être ? L’été a à peine commencé que la France brûle déjà. Depuis le début de la saison, près de 7.000 départs de feu ont été recensés, ravageant environ 8.700 hectares de végétation, dont plus de 1.200 rien que le 1er juillet.

Pour Eric Rigolot, ingénieur de recherche à l’unité Écologie des Forêts Méditerranéennes de l’Inrae, il est certain que la double canicule du printemps a « aggravé les risques », annulant la bonne recharge des nappes phréatiques au printemps. « Les arbres respirent et transpirent, et en période de très fortes chaleurs, ils pompent plus d’eau, ce qui assèche les sols », explique l’expert. Les orages post-canicule, salvateurs pour la baisse des températures, ne changent pas grand-chose en ce qui concerne la recharge hydrique. « Ce sont des épisodes ultra-localisés, avec des précipitations très violentes, qui provoquent donc des ruissellements et non pas un ressourcement du sol ou des végétaux. »

Extension géographique et saisonnière

La canicule de juin a de plus un facteur aggravant : elle a concerné la majeure partie du territoire. Lors du pic le 25 juin, 72 départements figuraient en vigilance rouge et quatorze en orange. Dans une étude de 2024, Le dérèglement climatique attise les risques de feux de forêts les zones d’incendies, l’Inrae se penchait déjà sur les prévisions des prochaines années. Et selon leurs projections, non seulement les zones « historiques » d’incendies du Grand Sud vont subir un risque de feux accru, mais ce danger va de plus en plus déborder sur des zones jadis préservées. Le chercheur site notamment « l’Indre-et-Loire, la Sarthe ou le Morbihan ».

L’extension n’est pas seulement géographique, elle est aussi temporelle. « La période des grands feux commence plus tôt au printemps et se termine plus tard », insiste le chercheur. Christophe Chantepy, expert national Défense de la forêt française contre les incendies à l’Observatoire national des forêts (ONF) dresse ce même constat. « La sensibilité de la végétation aux feux de forêt a entre quinze jours et trois semaines d’avance sur les normes de saison, ce qui cause forcément plus de danger pour la suite. » Laurent Nunez parlait lui ce vendredi « d’une saison des incendies en avance d’un mois ».

Qui plus est, les étés précédents ont déjà éprouvé bien des systèmes forestiers, « ce qui les rend plus à risque désormais. Comme les personnes fragiles, certains environnements sont très sensibles à l’accumulation des fortes chaleurs », explique le spécialiste de l’ONF.

Un été à risque mais encore bien imprévisible

Alors, foutu ? Les experts invitent à la modestie face à la nature : il est impossible de prévoir l’avenir. Des possibles pluies intenses cet été pourraient ainsi diminuer les mauvais effets passés. « Le vent est aussi un facteur déterminant », poursuit de son côté Christian Pinaudeau, expert des incendies et feux de forêts. Et de préciser : « Voilà pourquoi la première canicule n’a connu qu’un seul départ de feu : il n’y avait quasiment pas de vent ».

Sans compter, en matière d’imprévisibilité, le facteur principal : l’activité humaine. « Il est commun de dire qu’elle provoque 90 % des feux, volontaires et involontaires », précise Christian Pinaudeau, qui de son côté « monterait bien à 98 % ! » Barbecue, mégot, travaux… A force de patrouille et de messages de prévention, l’ONF constate toutefois une « sensibilité accrue de la population et moins de comportements à risque ».

Le pire à venir

Pauline Vilain-Carlotti, docteure en géographie, spécialiste de la gestion sociale de l’environnement et des incendies, plaide également pour un meilleur aménagement de l’urbanisme et du territoire. Interdire certains massifs en période de risque, limiter la fréquentation des forêts… « Des débuts d’actions ont été mis en place à partir de 2023, mais encore trop lentement. Par exemple, il existe moins de 250 plans de Prévention du Risque Incendies, contre plusieurs milliers de Risque Inondation ».

Car une chose est sûre, quoi que réserve cet été, avec le réchauffement climatique, « il sera moins à risque que les étés dans quelques années », conclut l’experte.



2026-07-03 15:00:49

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