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Alors que le film retraçant le procès de Bobigny de 1972 a été présenté en séance spéciale au 79e Festival de Cannes, retour sur la vie de Gisèle Halimi, avocate, députée et surtout, combattante infatigable des droits des femmes. Celle à qui l’on peut toutes dire merci.
Dans « L’Affaire Marie-Claire », présenté il y a quelques jours en séance spéciale au 79e Festival de Cannes, Charlotte Gainsbourg campe l’avocate Gisèle Halimi, Cécile de France la mère de la jeune Marie-Claire Chevalier et Saül Benchetrit l’adolescente de seize ans, accusée d’avoir avorté illégalement après un viol.
Le film de Lauriane Escaffre et Yvo Muller – sortie en salles le 4 novembre – reconstitue le procès de Bobigny d’octobre 1972, celui qui fera craquer la loi. Cette affaire fut à l’image de la vie de Gisèle Halimi : défendre les autres, coûte que coûte. « La défense était une manière de changer le monde », plaidait l’avocate, décédée le 28 juillet 2020. La veille de sa mort, elle venait de fêter ses 93 ans.
1927 : naître fille en Tunisie, premier affront
Zeiza Gisèle Élise Taïeb naît à La Goulette, faubourg portuaire de Tunis. Son père, clerc de notaire, met plusieurs semaines à annoncer la naissance. Il voulait un garçon. Très vite, la petite fille refuse le rôle qu’on lui assigne, à savoir servir ses frères à table, faire leurs lits et récurer la maison. À treize ans, elle entame une grève de la faim pour ne plus border les draps de son frère. Au bout de trois jours, ses parents cèdent. Elle écrit dans son journal ce qu’on peut aujourd’hui qualifier de première victoire féministe : « Aujourd’hui, j’ai gagné mon premier petit bout de liberté. » Elle étudie ensuite le droit, prête serment en 1948 à Tunis, puis rejoint le barreau de Paris.
1960 : l’affaire Djamila Boupacha, torture et viol dénoncés en pleine guerre d’Algérie
La guerre d’Algérie fait rage. Gisèle Halimi prend la défense d’une militante du FLN, Djamila Boupacha, accusée de tentative d’attentat, torturée et violée en détention par des soldats français. Avec Simone de Beauvoir, elle médiatise l’affaire, publie un livre. Picasso dessine le portrait de Boupacha pour la couverture. L’objectif dépasse le prétoire : il s’agit de dénoncer, preuves à l’appui, les méthodes de l’armée française. Le combat anticolonial et le combat féministe se nouent dès ce procès.
1971 : le Manifeste des 343, seule avocate signataire
Trois cent quarante-trois femmes déclarent publiquement avoir avorté – acte alors passible de poursuites. Gisèle Halimi est la seule avocate parmi les signataires. « La vérité est que toutes les femmes avortent, y compris les femmes de députés », martelait-elle. Dans la foulée, elle fonde avec Simone de Beauvoir et le biologiste Jean Rostand le mouvement Choisir la cause des femmes.
1972 : le procès de Bobigny, l’avocate qui attaque la loi sur l’avortement
Marie-Claire Chevalier, seize ans, violée par un camarade, est poursuivie pour avortement clandestin. Sa mère et trois autres femmes sont jugées pour complicité. Halimi fait un pari insensé : elle demande à ses clientes de plaider non coupable. Elle ne défend pas uniquement Marie-Claire, elle attaque la loi. Marie-Claire est relaxée. Deux ans plus tard, Simone Veil porte devant l’Assemblée la loi dépénalisant l’avortement. Sans Bobigny, pas de loi Veil.
1978 : le procès d’Aix-en-Provence, faire du viol un crime
Gisèle Halimi obtient que deux hommes accusés du viol collectif de deux jeunes touristes belges, Anne Tonglet et Araceli Castellano, soient jugés aux Assises – et non en correctionnelle, comme c’était l’usage pour les affaires de viol. À l’extérieur du tribunal, l’avocate est injuriée et conspuée. Les violeurs sont condamnés à de la prison ferme. En 1980, la loi change : le viol devient un crime en droit français.
1981 : députée et rapporteure de la dépénalisation de l’homosexualité
Élue députée de l’Isère avec le soutien de François Mitterrand, elle siège à l’Assemblée nationale jusqu’en 1984. Aux côtés de Robert Badinter, alors ministre de la Justice, elle est rapporteure du projet de loi dépénalisant les relations homosexuelles avec les mineurs de plus de quinze ans – vestige discriminatoire hérité du régime de Vichy. La loi est votée le 27 juillet 1982.
2008 : « La Clause de l’Européenne la plus favorisée », le droit des femmes par le haut
Elle publie avec l’association Choisir un essai proposant d’appliquer à chaque citoyenne européenne la disposition la plus protectrice en vigueur dans l’Union, quel que soit son pays.
Et le Panthéon ?
Depuis la mort de l’avocate franco-tunisienne, en 2020, les appels à sa panthéonisation se multiplient. Plus de 35 000 signatures sur une pétition lancée par la militante féministe Louise Dubray. Des dizaines de parlementaires mobilisés. L’Élysée a promis que le processus serait « mené jusqu’à son terme ». En attendant, Robert Badinter est entré au Panthéon le 9 octobre 2025, Marc Bloch y est annoncé pour juin 2026. L’entrée de Gisèle Halimi, elle, n’a toujours pas de date. Pour rappel : sur ses 83 personnalités, le Panthéon ne compte que sept femmes. Dont deux entrées uniquement en tant qu’épouses.
2026-05-23 12:15:00
