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La population carcérale atteint des records, avec près de 90 000 détenus en France. Une infime minorité d’entre eux ont été condamnés à de longues peines, et passent des années voire des décennies derrière les barreaux. Certains parmi eux finissent par sortir, soit à l’issue de leur peine, soit en libération conditionnelle ou par l’effet de remises de peines. Même après une condamnation à la réclusion à perpétuité, il est possible de demander à sortir après 18 ans derrière les barreaux (22 ans pour les récidivistes). Sans aucune garantie : des condamnés sont emprisonnés depuis plus de 30 ou 40 ans, et finiront leurs jours en prison.
D’autres sont déjà sortis, la plupart du temps dans la plus grande discrétion. Ils ont généralement l’interdiction de résider ou même se rendre sur les lieux de leurs crimes, et sont soumis à une obligation de silence sur ceux-ci. Voici le troisième et dernier volet de notre série qui s’interroge sur l’éventuelle remise en liberté des grands criminels français.
Même après une condamnation à la réclusion à perpétuité, un séjour en prison peut déboucher sur une sortie. Dans la plus grande discrétion, en général… Photo d’illustration Sipa
Jean-Claude Romand
Jean-Claude Romand est l’un des plus emblématiques. Cet imposteur et escroc qui a inspiré le roman puis le film L’Adversaire a longtemps mené une double vie sans conséquences « pénales », se faisant passer pour un médecin travaillant à l’OMS. Jusqu’à, sur le point d’être découvert, tuer toute sa famille… C’était en 1993. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, il a purgé ses 22 ans de sûreté en 2015, et obtenu une libération conditionnelle en juin 2019. Après deux ans sous bracelet électronique dans une abbaye, Romand est, depuis 2022, totalement libre. Âgé de 72 ans, il vit discrètement dans un village de l’Indre, indique La Nouvelle République.
Jean-Claude Romand doit toutefois indiquer tout changement de résidence ou déplacement de plus de 15 jours. Il lui est interdit d’entrer en contact avec les victimes et leurs proches, d’apparaître dans les médias et de se rendre dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France et Bourgogne-Franche-Comté. Il perçoit une retraite d’un peu plus de 800 euros, due pour son travail en prison, et doit toujours indemniser les parties civiles.
Jean-Claude Romand, en 1996. Photo d’archives Sipa/Pascal Fayolle
Jean-Marc Deperrois
Jean-Marc Deperrois avait été condamné à 20 ans de réclusion criminelle le 25 mai 1997, pour le meurtre de la petite Emilie Tanay survenu trois ans plus tôt : c’était la célèbre affaire dite de la « Josacine empoisonnée », du nom de ce sirop dans lequel avait été retrouvé du cyanure. Il a bénéficié d’une libération conditionnelle en 2007, après 12 ans en prison.
Jean-Marc Deperrois assure qu’il a été victime d’une erreur judiciaire. La mort d’Emilie Tanay pourrait-elle être due à un accident domestique, maquillé en meurtre, en empoisonnant le sirop après coup ? L’hypothèse a été jugée « plausible » par le tribunal correctionnel du Havre en 2005, alors saisi d’une plainte en diffamation. Sa peine totalement purgée depuis plus de 10 ans, Jean-Marc Deperrois, 74 ans, prépare une quatrième requête en révision de son procès, selon Paris Normandie.
Jean-Marc Deperrois en 2009. Il prépare une nouvelle demande de révision de son procès. Photo Sipa/Hadj/Niko
Michel Trouillard-Perrot et Nicole Zawadzki
Michel Trouillard-Perrot et Nicole Zawadzki sont libres. Accusé de l’assassinat en 1998 de Jean-Paul Zawadzki, le mari de Nicole, le duo avait écopé de lourdes peines : 20 ans de réclusion pour lui, 25 ans puis 28 ans en appel pour elle. Le médecin Michel Trouillard-Perrot, qui s’était laissé convaincre d’empoisonner le mari de Nicole Zawadzki, a été libéré en 2007 après 10 ans derrière les barreaux. La femme de la victime, elle, a passé deux ans de plus en prison, pour recouvrer la liberté en 2009, après 12 ans de réclusion. Aucun n’a plus fait reparler de lui ensuite.
Jean-Luc Rivière
Jean-Luc Rivière a bénéficié en 2014 d’une libération conditionnelle… après un an de semi-liberté et 37 ans derrière les barreaux. Il avait été condamné à mort en 1980 pour le meurtre d’une femme de 36 ans et de sa fille de cinq ans à Méricourt, près de Lens. Avec l’abolition de la peine capitale quelques mois plus tard, sa peine avait été commuée en réclusion criminelle à perpétuité en 1982. Après les crimes perpétrés en 1978, Jean-Luc Rivière, 22 ans, avait désigné un Algérien de 18 ans, Mohamed Chara, comme le meurtrier de la petite fille. Celui-ci avoue en garde à vue, puis se rétracte… Mais il est tout de même condamné à mort puis à la réclusion à perpétuité – comme Jean-Luc Rivière. Il meurt en prison en 1991, deux jours après le rejet de sa requête en révision.
Édith Scaravetti
Édith Scaravetti avait avoué le meurtre de son compagnon Laurent Baca, 37 ans, en 2014, après quatre mois d’enquête. L’homme a été tué dans la nuit du 5 au d’une balle de 22 long rifle dans la tempe, puis son corps a été coulé dans du béton. Sa compagne de 27 ans invoque la légitime défense, sur fond d’une violente dispute conjugale. Condamnée pour homicide involontaire en première instance, elle écope de trois ans de prison. Mais en appel, ce sont 10 ans qui lui sont infligés pour homicide volontaire par les assises d’appel du Tarn-et-Garonne. Bénéficiant de remises de peine, Édith Scaravetti est sortie de prison à la mi-septembre 2021.
Véronique Courjault
Véronique Courjault a fait les gros titres de longues années durant, pour l’affaire dite des « bébés congelés ». Elle est accusée d’avoir tué à la naissance trois de ses enfants entre 1999 et 2003, à l’issue de dénis de grossesse répétés. Deux d’entre eux avaient été retrouvés dans le congélateur familial. Incarcérée depuis octobre 2006, Véronique Courjault avait été condamnée le 18 juin 2009 à huit ans de prison. Elle a bénéficié fin 2011 d’une libération conditionnelle. Son avocate indiquait alors qu’elle souhaitait « vivre au calme » et qu’elle avait « interdiction de communiquer avec la presse ». Depuis 12 ans, elle a totalement purgé sa peine.
Véronique Courjault, en 2006, lors de son incarcération. Photo Sipa/Hadj/Jules Motte
Aurore Martin et Peter Uwe Schmitt
Aurore Martin et Peter Uwe Schmitt sont libres depuis près de 20 ans. Les « amants diabioliques » belges avaient défrayé la chronique, en faisant disparaître leurs conjoints respectifs lors « d’accidents » de voiture en 1994 et 1995, en Belgique et en Corse… qui dissimulaient des assassinats. À la clé, de solides assurances-vies, dont ils ont pu bénéficier des années durant, exilés à Miami (Floride, États-Unis). Arrêtés en 1997, extradés puis incarcérés dans la foulée, ils ont été condamnés en 2001 à 20 ans pour lui, 15 ans pour elle. Peter Uwe Schmidt a été libéré en 2008 après 11 ans derrière les barreaux, un an après sa comparse Aurore Martin, libérée dès 2007. Des sources à la prison belge de Verviers qualifiaient Peter Uwe Schmitt de « détenu exemplaire » : « Il n’a jamais posé aucun problème lors de sa détention. Il a toujours été très poli et n’a jamais eu un mot plus haut que l’autre. » Ils seraient toujours en couple aujourd’hui.
Alexi Polevoi
Alexi Polevoi est un cas à part : alors adolescent, âgé de 16 ans, il est condamné en 1998 pour un sextuple meurtre – celui de la « tuerie de Louveciennes ». Le 26 février 1995, Alexi Polevoi s’empare de trois armes de son père, un riche homme d’affaires russe, et le tue. Il abat ensuite sa belle-mère, puis un couple d’amis russes et enfin les parents de sa belle-mère. Il n’épargne que sa demi-sœur Nathalie, âgée de trois ans. Le 4 mars 1998, il est condamné à huit ans de prison par les assises des mineurs de Versailles, malgré des réquisitions de 18 à 20 ans. Le 8 juillet 2020, il bénéficie d’une libération conditionnelle après cinq ans et demi en détention. En 2023, son avocat Me William Bourdon déclare qu’il a eu « des nouvelles » de lui, mais « il y a quelques années. Je n’en ai plus. Il est bien inséré ». Alexi Polevoi travaillerait dans l’immobilier, dans le sud de la France.
La maison où se déroula le drame de la tuerie dite « de Louveciennes », en février 1995. Photo Sipa
Rodica Negroiu
Rodica Negroiu est libre depuis plus de 10 ans, mais elle n’en a pas fini avec la justice. Aujourd’hui octogénaire, celle qui a été libérée le 24 janvier 2015 clame toujours son innocence et demande un procès en révision. Infirmière d’origine roumaine, Rodica Negroiu avait été condamnée par les assises de Meurthe-et-Moselle en 1999 à 20 ans de réclusion criminelle pour deux assassinats par empoisonnement : celui de Gérard Helluy, son mari, et ceui de Raymond Jactel, à qui elle venait d’acheter sa maison en viager. Déchue de sa nationalité après les condamnations, elle a passé l’essentiel de sa détention à l’isolement. En 2023, sa troisième requête de révision a été rejetée.
Lassana Coulibaly
Lassana Coulibaly est le seul criminel de cette liste à n’avoir pas été jugé pour meurtre : arrêté fin 2005, il a tout de même été condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour des viols, tentatives de viols et agressions sexuelles, commis entre 2002 et 2005. Celui qui fut surnommé « le violeur aux chaussettes », vêtement dont il se recouvrait les mains pour ne pas laisser de traces, il devra être suivi par les services socio-judiciaires au moins jusqu’en 2041. Il a totalement disparu des radars… mais est censé avoir été libéré au plus tard début 2026.
Des destins judiciaires incomplets
Fuite, disparition… quelques-uns des crimes français n’ont pas trouvé leur épilogue.
Ainsi, Edno Borba Da Silva a bien été jugé – et condamné – pour l’assassinat du riche héritier et homme d’affaires Christophe Dalmasso. Mais en son absence, le 21 mars 2012. Il a été condamné « par défaut » à la réclusion criminelle à perpétuité. Mais l’homme serait en fuite au Brésil, et reste introuvable depuis. S’il devait réapparaître, il serait à nouveau jugé… à condition que le délai de prescription ne soit pas échu.
Autre affaire étrange : celle de la disparition du jeune acteur césarisé Gérald Thomassin, alors mis en examen pour le meurtre de la postière de Montréal-la-Cluse (Ain). À la veille d’une confrontation avec un autre suspect, en 2019, Thomassin se volatilise. Il bénéficie peu après d’un non-lieu. En revanche, pour ce même dossier, la justice a condamné en 2024 Mamadou Diallo, en appel, à 16 ans de réclusion, après un acquittement en première instance. Son pourvoi en cassation a été rejeté. Quant à Gérald Thomassin, présumé mort par son frère, il n’est jamais réapparu nulle part.
2026-05-12 05:30:00
