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Alors qu’un accord concernant la guerre en Iran semble encore loin, le politologue et spécialiste des relations internationales Bertrand Badie décrypte pour La Dépêche ce qu’est la diplomatie selon Donald Trump. Entre obsession de plaire à sa base, sa vision des rapports de force et son imprévisibilité, le président américain incarne une rupture profonde avec les pratiques diplomatiques traditionnelles, dont les effets pourraient durablement fragiliser la position des États-Unis sur la scène internationale.
La Dépêche du Midi : En quoi la diplomatie de Donald Trump se distingue-t-elle de celle de ses prédécesseurs ?
Bertrand Badie : La première différence, c’est que c’est une diplomatie très fortement orientée vers la politique intérieure. Toutes les diplomaties sont liées à l’image que le chef d’État veut donner de lui à son peuple, mais chez cet homme, c’est particulièrement remarquable. C’est un vrai leader populiste, qui considère que l’essentiel de son travail sur la scène internationale consiste à répondre à une demande sociale de puissance, à montrer la capacité exceptionnelle des États-Unis, leur aptitude à régenter le monde.
La deuxième différence importante, c’est qu’au-delà de ce populisme, Donald Trump est vraiment adepte de la conception traditionnelle du rapport de force. Il considère que le jeu international est dominé par ce rapport de force. Cela lui donne une confiance excessive, par exemple dans l’opération qu’il mène face à l’Iran, avec une vision très classique où une superpuissance doit logiquement l’emporter face à un État plus faible comme l’Iran. Mais il ne comprend pas que ce vieux rapport de force ne fonctionne plus aujourd’hui avec la même arithmétique, parce qu’il y a des paramètres sociaux, culturels et économiques liés à la mondialisation qui brouillent tout cela.

Est-ce que ses brimades, insultes et menaces d’invasion envers ses alliés ont isolé les États-Unis dans ce conflit avec l’Iran ?
Cet isolement tient à plusieurs choses. D’abord, les alliés n’ont pas été tenus informés des projets américains ou israéliens en Iran, et cela a contrarié beaucoup de monde. Ensuite, il y a eu un langage extrêmement violent, des propos très durs envers plusieurs dirigeants, comme Emmanuel Macron ou le prince héritier d’Arabie saoudite, ce qui a aggravé les tensions. Enfin, tout le monde mesure les conséquences économiques potentielles de cette guerre dans une économie globalisée, et cela inquiète fortement, que ce soit en Europe, en Asie ou dans les pays du Sud.
Le style de négociation de Trump est-il un handicap pour trouver un accord de paix ?
Oui, totalement. La négociation est en partie sapée par son style. D’abord, il est trop imprévisible et il parle beaucoup trop. Or lors d’une négociation, on ne parle pas ainsi, parce qu’il est plus rationnel de laisser l’autre camp dire ce qu’il a à dire. Ensuite, il y a sa rhétorique : on ne sait jamais vraiment à quoi se fier dans ce qu’il dit, ce qui rend sa position difficile à suivre. Et puis il y a cette diplomatie de l’affichage. Il veut montrer immédiatement à son opinion publique qu’il est en train de gagner, mais cela devient très maladroit dans sa négociation.
L’image des États-Unis va-t-elle être profondément écornée dans la durée après la fin des quatre ans de sa présidence ?
Les États-Unis vont avoir beaucoup de mal à s’en remettre. On voit déjà un monde en recomposition, avec un Sud global qui gagne en puissance et une Chine qui s’impose de plus en plus discrètement mais efficacement. Beaucoup d’États qui faisaient confiance aux États-Unis vont se poser des questions durables. Et cette fois-ci, contrairement au premier mandat de Donald Trump, les conséquences semblent plus profondes, car c’est la crédibilité même des États-Unis qui se trouve mise en cause et ils auront beaucoup plus de mal à remonter la pente.
2026-04-22 15:40:46
