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Devant les assises de Rodez, pour la première fois, Bradley Fortunato Alvès, accusé d’avoir tué sans raison un père de famille devant un supermarché en Aveyron, en mars 2024, livre ses explications. Alcool, dépression, black-out, un récit déroutant face à l’immense détresse des parties civiles ravagées par la douleur.
« Je dois être puni. Je regrette ce qui s’est passé, c’est moi qui ai fait le mauvais choix, j’ai noyé mes problèmes avec l’alcool, je suis entièrement responsable et je dois payer, j’en suis conscient. Je suis désolé au plus profond de mon âme. »
Des regrets, Bradley Fortunato en a à revendre. Reste à expliquer pourquoi ce 16 mars 2024, devant le supermarché d’Onet-le-Château (Aveyron), cet homme de 24 ans à l’époque s’est rué, tel un diable sorti de sa boîte, sur une famille sans histoire avec une baïonnette noire de 25 cm, avant de tuer Cédric Coutouly, un père de famille sans histoire de 46 ans.
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Cette victime avait eu le tort, avec sa compagne, Virginie Barrau, blessée lors de cette attaque, de voler au secours d’un piéton qui a failli se faire écraser par le fourgon fou de cet homme, ivre et dépressif, quelques minutes auparavant.
Un crime gratuit qui soulève depuis trois jours l’indignation générale dans une salle d’audience suffocante face à l’immense détresse des parties civiles venues déposer, ce jeudi 9 avril, leur incommensurable chagrin, devant la cour d’assises de Rodez.
« La baïonnette, je l’ai prise à un vieux monsieur »
« Oui, j’ai un problème avec l’alcool, concède l’accusé, engoncé dans sa veste noire. Le coupable, c’est moi. J’ai pris la responsabilité d’acheter une bouteille de whisky et de me mettre dans un état pitoyable. » Mais sur les faits, black-out total. Bradley Fortunato, évangéliste pratiquant, membre de la communauté des gens du voyage, a la mémoire qui flanche.

Il dit n’avoir aucun souvenir de l’agression mortelle. Dépressif qui traite ses idées noires par des alcoolisations massives, Fortunato n’a jamais soigné ses angoisses ni son stress après la mort violente de son père, alors qu’il avait 16 ans. Un père qui le brutalisait.
Sur les faits reprochés à Bradley Fortunato, la présidente, Sylvie Rouanne, tente de comprendre :
- « Cette dague, pourquoi est-elle dans votre camion ?
- – Je l’ai récupérée chez un vieux monsieur et je l’ai jetée dans mon camion.
- – Vous avez souvenir de grands moments de colère comme ça ?
- – Ça m’est déjà arrivé de boire et de péter un plomb. »
Mes David Cucullières et Alexandre Martin, pour les parties civiles, veulent aller plus loin et refusent de croire que seul l’alcool est responsable de cette fureur. Plus incisif, Me Martin tranche dans le vif :
- « Alors, la cause de toutes ces violences, c’est l’alcool ? Vous croyez que l’on va se suffire de cette explication ?, attaque l’avocat.
- – Je pense qu’elle y est en partie, car dans mon état normal je ne me vois pas faire ça. La cause de toutes ces violences, c’est que je n’ai vu personne pour en parler. C’est l’alcool qui a fait sortir tout ça. Je prends beaucoup sur moi, avec l’alcool, je relâche. La nuit, je réfléchis pour savoir pourquoi j’ai fait ça, mais je n’ai pas de réponses. Ne pas pouvoir fournir d’explications, c’est une torture, ça me tue et je n’ai aucune excuse. »
Une vie foutue
Un peu plus tôt, la tension est montée d’un cran avec les déclarations poignantes des sœurs et de la mère de Cédric Coutouly, ravagées par la douleur. Digne et courageuse à la barre, Virginie Barrau ne s’apitoie pas sur son sort. La compagne de Cédric Coutouly, dont la photo ne la quitte jamais, parle avec résilience de son quotidien, en « mode survie » et livre un témoignage bouleversant.
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« Cédric, c’était ma moitié, mon âme sœur, on faisait tout ensemble, on avait créé notre cocon, un équilibre, on se suffisait à nous-mêmes. J’étais prête à devenir sa femme, mais je l’ai perdu avant. J’ai fait une demande de mariage à titre posthume, c’est une façon de continuer à le faire vivre. Je suis sous anxiolytique, suivie une fois par semaine par un psychiatre et un psychologue. J’ai repris le travail à mi-temps thérapeutique, j’ai perdu une partie de ma mémoire, je suis obligée de tout noter, mon cerveau ne répond plus de la même façon. J’ai des crises d’angoisse. Je suis donc en dépression post-traumatique et ma vie a complètement changé. Je poursuis un chemin que l’on m’a imposé. Je ne maîtrise plus rien. Ma vie, c’est plus ma vie. »
« Qu’attendez-vous de ce procès ? », lui demande la présidente. « Je veux qu’il paie pour ce qu’il nous a arrachés. Moi, je me raccroche à une photo, à un collier, à une odeur sur un vêtement. »
Bradley Fortunato est accusé de meurtre et d’une tentative de meurtre sur Virginie Barrau. Verdict attendu à la mi-journée, ce vendredi.
2026-04-09 18:35:25
