vendredi, mars 27, 2026
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Mort de Loana : icône exploitée, victime ignorée, la grande oubliée de #MeToo


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Loana en 2019.
Loana en 2019. – ©Boyer David/ABACA

Retrouvée morte mercredi, Loana Petrucciani laisse derrière elle bien plus qu’une figure de la télé-réalité. Une femme victime de multiples violences, que l’on a regardée sans jamais la reconnaître pour ce qu’elle était : l’une des grandes oubliées de #MeToo.

On voudrait croire qu’elle fut une étoile filante. Gloire fulgurante, fin tragique. Une fille un peu paumée que la célébrité aurait abîmée. Réduire Loana Petrucciani, décédée mercredi 25 mars à 48 ans, à cela : une parenthèse cathodique. On aimerait surtout se raconter que l’histoire a commencé en 2001, quand cette gogo danseuse du Sud débarque dans le Loft sous le regard sexiste d’un Benjamin Castaldi lui lançant « Vous savez Loana, il pleut quand même parfois à Paris », rapport à sa minijupe. 

Certes Loana fut « la patiente zéro de la télé-réalité française » et de ses dérives. Mais ce n’est pas l’histoire d’un destin brisé par la lumière. Et se dire qu’elle n’a « pas supporté la célébrité », c’est encore une manière commode d’éviter de voir le reste : l’inceste, les violences conjugales, tout ce qui, bien avant le Loft, avait déjà abîmé sa vie. Comme le rappelle le journaliste Paul Sanfourche dans « Sexisme Story » (Seuil), Loana se trouvait « au carrefour des violences faites aux femmes ». Et aux enfants, pourrait-on ajouter.

Les enfants victimes de violences sexuelles ont plus de risques de subir des violences à l’âge adulte 

Dès l’enfance, un père incestueux et violent. Une mère qui finit par fuir, et une petite fille qui hérite des tâches ménagères et de la violence. À 19 ans, un déni de grossesse. Plus tard, les violences sexuelles. Plus tard encore, les violences conjugales. Et le cyberharcèlement, l’hypersexualisation, le slut-shaming, la grossophobie, le mépris de classe, l a psychophobie.

Ce n’est pas seulement une accumulation de violences. Comme le formule Alice Gayraud, ancienne responsable du plaidoyer de la Ciivise, dans une tribune publiée ce jeudi dans « Le Monde », il s’agit d’un continuum de violences patriarcales, au bout duquel la mort de Loana est,  pointe l’autrice féministe Valérie Rey-Robert, un féminicide indirect. « Ce décès n’est pas que le fruit d’une vie d’excès », écrit-elle sur son compte Instagram. 

Ce que les travaux de la Ciivise documentent depuis des années : les enfants victimes de violences sexuelles courent un risque considérablement accru de subir des violences tout au long de leur vie. Pour Loana, de ce terreau vint le cortège des addictions, des tentatives de suicide et des banqueroutes financières. Évidemment, il ne s’agit pas d’enfermer Loana dans le carcan de la victime éternelle. Mais faire comme si ces violences n’avaient pas structuré sa vie, jusqu’au bout, serait une autre forme d’aveuglement.

Mort de Loana : la presse people a chroniqué sa vie comme un feuilleton sordide

Dans un reportage de « Libération » publié ce jeudi 26 mars, sa voisine Marcelle se souvient de ces mots que Loana lui avait un jour glissés : « J’ai l’impression que tout le monde connaissait ma vie avant moi. »  On lui a effectivement tout pris, jusqu’à son récit. En février 2024, elle vient raconter un viol avec séquestration sur le plateau de TPMP. On diffuse à l’antenne ses photos tuméfiées. Son élocution se disloque, elle s’excuse d’être « ridicule ». Une chroniqueuse cache son fou rire derrière ses cheveux. Le mercredi de sa mort, sur ce même plateau, les mines sont éplorées.

Bimbo, mauvaise mère, trop populaire pour être prise au sérieux, Loana n’avait rien de la « victime idéale ». Elle ne correspondait pas à la féminité acceptable que notre société patriarcale fabrique et brise avec la même indifférence. Il n’y a pas eu de MeToo pour Loana – et pour qu’il y en ait eu un, il aurait fallu commencer par admettre ce que l’on regardait.





2026-03-26 19:27:00

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